tonton david   blues des racailles

Tonton David - Le Blues des Racailles

Label: Labelle Noir / Delabel
Année: 1991

Nous ne pouvions clôturer cette année 2006 sans fêter le 15ème anniversaire de l'album "Le Blues Des Racailles" de Tonton David. Sorti en 1991 chez Labelle Noir (Tonton David n'a alors que 24 printemps) cet opus, qui va véritablement marquer le début des années 90 en rencontrant un succès sans précédent pour un style musical encore peu connu du grand public (le Raggamuffin) est devenu aujourd'hui une des fondations incontournables du Ragga français.
La médiatisation de l'album va propulser l'artiste sur le devant de la scène musicale et marquera le début d'une longue carrière entamée officiellement 3 ans auparavant avec le Soundsystem Hight Fight Intenational (parmi lequel figuraient quelques vieux de la vielle du mouvement underground: Daddy Nuttea, Féfé Typical, Don Lick Shot, Paulino, etc.).

L'album regroupant pas moins de 15 titres, débute par la chanson "Mon CV", autobiographie au cours de laquelle Tonton David revient aussi bien sur les faits marquants de son existence (comme son entrée au fameux Top 50 en 1990 ou son passage au Centre des Jeunes Détenus), que sur des anecdotes quotidiennes d'un jeune banlieusard (bagarre avec les CRS, vole d'Adidas et de Tacchinis dans les Sport2000, etc.). C'est une bonne entrée en matière puisque ce premier morceau nous permet de mieux connaître l'artiste.
Vient ensuite le titre "Le Blues Des Racailles", symbole d'une escalade progressive vers le banditisme. Tonton David nous relate l'histoire vraie de 2 jeunes de cité (Nono et Fabien) qui passèrent rapidement de simples larcins (vol dans les caves, pickpocket dans le métro) au braquage d'une bijouterie qui a mal tourné...
Ce malaise social qui « pousse les jeunes sur de drôles de chemins » sera un thème récurrent de l'album puisqu'on le retrouvera à différentes reprises, notamment dans la tune "A Qui La Faute" où la culpabilité du système et de ses dirigeants au niveau des inégalités sociales, de la violence... est clairement dénoncée.
C'est toujours dans cette même lignée que Tonton David nous rappelle dans le morceau "Cash" le rôle essentiel que joue l'argent dans notre société (« ce serait plus simple avec un big compte en banque ») mais aussi dans "Je Parle A Toi" qui fait état de la prolifération des drogues dures, de la concentration policière et de l'omniprésence du sexe...

Si l'artiste propose des textes conscients en dressant des constats plutôt alarmistes et malheureusement toujours d'actualité, il sait également proposer des titres plus « légers » où l'humour est employé avec habilité. C'est le cas de "Mama" dans lequel Tonton David revient sur sa scolarité et sur ses difficultés à trouver sa place dans un système éducatif mal adapté et bien trop cher. C'est aussi le cas de "Un Peu De Sport" qui retrace une journée particulièrement active où le jeune Tonton David va devoir faire face à une série de rebondissements. Que se soit pour éviter les contrôleurs, une bande de skinheads ou encore une patrouille de police, le chanteur sera contraint de galoper pour éviter les embrouilles et ainsi pouvoir se rendre comme prévu au studio de Pontault-Combault. On pourra apprécier l'accélération du flow à chaque refrain, qui nous rappel bien ces moments de speed où il n'est pas bon de réfléchir trop longtemps pour sauver sa peau. De la même manière, on peut s'arrêter sur la petite interlude amusante sous fond de percussions ("Ils Ont Appelé La Police Pour Moi") qui vient faire un break au sein de l'album. La police est alors appelée par les voisins de Tonton David car il semblerait qu'en bas de chez lui ça sente la ganja... Petit clin d'oeil sur sa célébrité et sur les rapports qui en découlent lorsqu'un des policiers le reconnaît et ne souhaite plus le verbaliser...
Le titre "Prétoria" mérite également une attention particulière par son engagement. Si certaines choses ont évolué en Afrique du Sud, Tonton David nous rappelle que l'ensemble des problèmes est bien loin d'être réglé. Une petite reprise de "War" de Bob Marley (ou plutôt du fameux discours de l'empereur d'Ethiopie) est même faite à la fin (« Tant que les philosophies désigneront une race supérieure et une autre inférieure [...] »).
Enfin, revenons sur la chanson "Peuples Du Monde" qui est sans aucun LE titre qui a permis à Tonton David d'émerger et de se faire connaître par le grand public. Gros carton musical donc avec un riddim marqué par une ligne de basse entraînante accompagnant parfaitement le toasteur dans son récital. Ce titre est d'ailleurs sortie à l'époque en 45t avec une pochette vraiment « old school » (le style vestimentaire et le graf sur le mur valent vraiment le détour!).

En guise de conclusion on peut dire que si les riddims peuvent paraître aujourd'hui un peu vieillos (fameuses boites à rythmes propres au style Raggamuffin...), on retiendra les lyrics conscients du jeune toasteur et sa manière originale de nous rapporter une situation sociale qui n'a pas prie une ride... Un album donc à conseiller pour les férus de son à l'ancienne et aussi pour les novices qui disposeront même d'un mini lexique dans la pochette de l'album.

Tracklist :

  1. Mon CV
  2. Le Blues Des Racailles
  3. A Qui La Faute
  4. DJ Beat
  5. Les Jeunes Filles Vont Nous Tuer
  6. Un Peu De Sport
  7. Tonto
  8. Cash
  9. Des Choses Sérieuses
  10. Mama
  11. Je Parle A Toi
  12. Ils Ont Appelé La Police Pour Moi
  13. Prétoria
  14. Tribute
  15. Peuples Du Monde
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