abisha

Abisha - Part. #2

Dans la première partie de l'interview, tu évoquais un voyage en Ethiopie en 2001, peux tu nous en parler, ce que ça t'a apporté ?
Abisha:
Ça m'a énormément apporté, positivement et négativement en fait. Je suis parti tout seul là-bas. Je n'avais pas du tout de contact. J'avais différents frères qui y avaient déjà été, ils m'avaient juste dit comment ça se passe à l'arrivée. Je voulais aller en Ethiopie pour les Ethiopiens et pour Sa Majesté Selassie I plus que pour le mouvement rasta et les histoires de rapatriement. Je suis resté un peu moins d'un mois là-bas.
C'était un voyage magnifique à pleins de niveaux parce que j'ai découvert ce pays extraordinaire pour sa nature, son histoire, sa culture, ses différents peuples aussi, leur dignité face à la misère, pour certains de leur dévotion, leur grande foi. J'ai vu beaucoup de choses mystiques, j'ai été assez vite en rapport avec des prêtres dans les églises du fait d'être rasta.
Je suis arrivé à Addis Abeba et puis après je suis parti à Lalibela où je suis essentiellement resté. J'ai fait différents pèlerinages, prières et j'ai rencontré le grand prêtre de Lalibela qui est une figure charismatique de la chrétienté orthodoxe éthiopienne. Il s'est passé plein de bonnes choses mais plein de mauvaises aussi parce que je suis tombé sous une magie en fait là-bas. J'y allais dans un but spirituel, j'étais dans une grande dévotion et je me suis laissé prendre par la nourriture et par une femme là-bas. Mais en même temps ça m'a fait comprendre énormément de choses sur la Vie, sur Dieu, sur Selassie I, la religion, la spiritualité. C'est très très impressionnant et en même temps, une très grande corruption existe dans l'Eglise aussi. Et c'est ça que j'ai vu et je l'ai vu dans Lalibela même, avec les grands prêtres. Donc ça a été une révélation, un truc très important même pour rasta en général. Je l'ai vécu à mon échelle mais je veux dire attention aux dogmes, aux doctrines... On est des êtres de la Vie avant tout. On doit s'appuyer sur des écrits, des témoignages, mais on doit jamais oublier ce que l'on représente. Chaque chose a son interprétation, chaque période à son contexte qui fait que l'Homme dit ceci ou dit cela ou fait dire ceci ou cela à travers des écrits. Mais l'être humain en lui-même ne doit pas oublier qu'il est avant tout son propre temple. C'est ça que ça m'a rappelé. Que les choses qui se lavaient, elles se lavaient par mon propre travail, ma discipline par rapport à ma sincérité dans ma prière, ma dévotion et mon cheminement d'actions, par rapport à ce que je demande plutôt que lire une prière de telle ou telle manière, se prosterner ainsi, manger ainsi... Ce qu'il faut, c'est être sincère.

Ce voyage là ça m'a aussi appris à remercier pour les pires choses qui se sont passées dans ma vie. Après ça j'ai appris aussi à donner le pardon, enfin j'ai commencé. Et je pense que c'est pareil, sans pardon il n'y a rien, on peut rien établir de bon, on fait tous des erreurs, tout en essayant le plus souvent de faire le bien, c'est-à-dire de faire le mieux qu'on peut. Mais ce n'est pas parce que tu penses que tu fais le mieux que c'est le mieux qu'il faut.
Et voilà pour moi c'est très puissant même si ça m'a bouleversé. L'Ethiopie quoi! C'est le commencement et la fin, c'est les ténèbres et la lumière, c'est tout et c'est la Vie. Ça m'a appris que le Bien, le Mal c'est des réductions de la pensée humaine. Même si ça m'empêche pas de souffrir encore aujourd'hui mais la réalité elle est là. Même si je galère ce n'est rien par rapport à ce que ça pourrait être. Et on ne remercie pas assez pour ça, jamais suffisamment pour ce cadeau qu'est la Vie.

L'interview se termine, as-tu un message à faire passer aux membres de JAHSound.net ?
Abisha:
Il faut se connecter (rires). Il faut toujours se rappeler qu'on est les temples de la Vie, avant toute chose. On est fait de la Terre donc on a besoin de la Terre même si quelques fois on l'oublie. Il faut se rapprocher des éléments vitaux le plus possible parce que plus tu t'en rapproches et plus t'as envie d'être avec eux et plus les choses deviennent simples. Voilà ce que j'ai envie de leur dire. Et puis One Love, One Heart, Justice avant toute chose, parce qu'il n'y aura jamais de paix sans justice

Retrouvez Abisha sur myspace (www.myspace.com/abishasoundplace) et avec un nouveau street album "Tra La La".

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