gentleman

Gentleman

Tu es parti en Jamaïque à l’âge de 17 ans, était ce nécessaire pour toi d’aller là-bas pour ta musique ?
Gentleman:
Non, je n’ai rien prévu, j’y suis juste allé car un ami à moi était allé là-bas. Quand il est revenu, ça a été un échange vraiment positif et j’ai été curieux de voir ce que c’était que cet endroit. J’aime la musique Reggae depuis que je suis petit; elle vient de Jamaïque et j’ai toujours voulu savoir d’où vient la musique. Mais je n’ai jamais prévu d’être un chanteur Reggae; je ne suis pas arrivé en Jamaïque en disant « hey, je m’appelle Gentleman et je veux devenir un chanteur Reggae un jour ! »; c’est arrivé au fil des années. J’ai toujours aimé chanter et maintenant j’ai l’opportunité de voyager avec ce grand bus à travers l’Europe et de partager ma musique avec le public, et c’est une bénédiction, je suis vraiment reconnaissant pour ça.

Quand tu es revenu en Allemagne, ça n’a pas été trop dur après avoir connu les vibes yardies ?
Gentleman:
Si, au début c’était vraiment dur car c’était deux mondes différents même si maintenant je réalise que c’est pourtant le même monde, ce n’est pas différent. Ce sont juste des formes différentes, tu comprends? Mais quand je suis revenu, j’avais peur, il faisait froid, les gens ne communiquaient pas... Mais c’était juste la façon dont je voyais les choses, et tu peux toujours choisir ta perception des choses. Et tu as des gens bien et mauvais partout dans le monde... Et il y a des choses très bien en Europe, et des inconvénients aussi en Jamaïque; ce n’est pas juste une île ensoleillée où tout est magnifique, c’est un pays où il y a une confusion politique et beaucoup de corruption, et beaucoup de gens souffrent là-bas. Il y a des coups de feu tous les soirs, des meurtres, beaucoup de drogue... Ce n’est pas le paradis ensoleillé du Reggae, cette image n’existe pas. La réalité est différente.

Tu as chanté dans des soundsystems en Jamaïque ?
Gentleman:
Oui, les soundsystems sont un bon moyen de faire passer la musique, ils la communiquent au public et c’est d’ailleurs comme ça que ça a commencé en Jamaïque.

Justement au niveau des soundsystems, quelles sont les différences avec l'Europe ?
Gentleman:
Tu ne peux pas vraiment comparer car par exemple en Allemagne, il y a beaucoup de soundsystems mais en Jamaïque le soundsystem est censé représenter le quartier. Si un sound system a par exemple un gros system, alors il va devenir le plus célèbre dans tous les quartiers et aura le respect de tous. En Allemagne, c’est plus un truc de clubs, de DJs, les enceintes sont déjà là... Mais quand on débute, c’est toujours la même chose... yeah man !

Tu as rencontré Freundeskreis et Mellow Bag avec qui tu as fait du Hip-hop...
Gentleman:
J’ai toujours aimé le Hip-hop aussi car il y a beaucoup de similitudes avec le Dancehall. Les deux sont des musiques de rue, de rebelles... Pour moi, avec Freundeskreis, c’était une chance de de gagner des expériences en live. Et on ne reste pas statique, le Hip-hop et le Reggae marchent bien ensemble : Bounty Killa et les Fugees, Beenie Man et Janet Jackson, il y a tellement d’exemples... Ca rassemble les gens, et beaucoup de gens dans le Hip-hop ne savaient pas ce qu’était le Reggae. Des collaborations comme celles-ci les amènent au Reggae, donc ce sontdes styles très proches au final.

Il y a aussi des influences Hip-hop dans ton premier album "Trodin’ On"...
Gentleman:
J’aime le Hip-hop mais mon plus grand amour est le Reggae. Lorsque j’avais 10 ans, j’ai commencé à écouter du Roots avec mon grand frère, comme du Dennis Brown, Peter Tosh, Dennis Bovell... C’est de là que je viens. Le Hip-hop a toujours été là mais ce n’était pas ma musique. Le Roots est ma musique, c’est comme ça que j’ai commencé et c’est aussi comme ça que je finirai. Je touche à d’autres expériences mais mon truc c’est le Roots Reggae...
L’album "Trodin’ On" a été fait à l’époque où je travaillais avec Freundeskreis, donc il y a beaucoup d’influences Hip-hop. Pour "Journey To Jah", c’était très différent car j’étais la plupart du temps en Jamaïque où presque tous les titres ont été enregistrés, et "Confidence" est une production entièrement jamaïcaine.

Tu as d'ailleurs fait des featurings avec de big artistes comme Luciano, Morgan Heritage, Bounty Killa...
Gentleman:
Pour moi il n’y a pas de « petits » ou « grands » car on est tous petits dans le monde de Jah. Mais c’était une bénédiction, « each one teach one »... Chacun apporte sa vibe. Pour la plupart des combinaisons, ce n’était pas prévu, c’est arrivé au fil des rencontres. Ca a été une grande source d’inspiration de travailler avec Bounty Killa, Morgan Heritage; ce sont des artistes qui ont fait beaucoup pour la musique Reggae donc j’ai été très honoré de travailler avec eux.

Ça a dû être très différent de travailler avec Luciano par exemple et Bounty Killa ?
Gentleman:
Oui, mais ça ne nous empêche pas de nous rencontrer ! Moi, je n’ai pas grandi dans un ghetto, je n’ai jamais eu de flingue dans la main, je ne connais rien de tout ça alors que Bounty Killa, lui, a grandi dans un ghetto et les armes sont une part de la réalité là-bas, c’est pour ça qu’il chante beaucoup là-dessus. Ce n’est pas mon truc, mais chacun chante sur ses propres expériences mais ça ne nous empêche pas d’en avoir une ensemble. Il s’agit d’unité, de faire les choses ensemble, peu importe l’endroit d’où l’on vient, on peut trouver une façon de partager quelque chose.

Et tu as fait aussi d'autres rencontres très importantes, notamment un des plus gros producteurs jamaïcains, Bobby Digital...
Gentleman:
C’était vraiment une chance, ce qu’il produit est toujours bon. Si ça n’est pas destiné à l’être, il ne fera rien. Il est très calme et a un pouvoir énorme; son studio est tout petit mais le son y est énorme. Ca a été une bénédiction de travailler avec lui, j’ai travaillé avec lui pour le premier, second et troisième album et pour le prochain je travaillerai avec lui aussi. Mais je travaille aussi avec de jeunes producteurs... Le dernier album était du live, il n’y avait pas à faire de programmation rythmique, pas d’ordinateur...

En Allemagne et en France, le vrai succès est arrivé sur le Celebrate riddim, ça a été quelque chose de fou dans les soundsystems...
Gentleman:
Ah bon ! Je ne savais pas que ça avait eu cet effet-là en France ! C’était un gros riddim, la chanson était bien aussi. Je travaille beaucoup avec Pow Pow car on vit dans la même ville, à Cologne, et on est allés pas mal de fois en Jamaïque ensemble donc on sait ce que l’autre veut et c’est toujours une bonne chose quand je travaille avec eux.

Et tu travailles aussi avec Silly Walks...
Gentleman:
Oui, lui et Pow Pow ce sont des frères avec qui j’ai toujours travaillé, depuis longtemps, et que j’ai l’habitude de retrouver dans différents endroits.

Certains artistes sont interdits de scène en Europe, on parle d’homophobie...
Gentleman:
Oui, ce n’est pas quelque chose qu’on entend, c’est une réalité. Je ne peux pas comprendre cela, tu vois je n’ai rien contre les homosexuels, j’aime les femmes mais personne ne peut juger cela. Mais ce qui arrive maintenant est très critique car ça atteint la liberté d’expression qu’on doit toujours avoir. Je n’aime pas ce qu’ils disent mais ils doivent toujours avoir le droit de le dire; on doit respecter leur opinion.
Si tu regardes à travers le monde, en Afrique, l’Islam, les pays chrétiens, l’avis est le même... Il ne faut pas dire des « boom bye bye no batty bwoy », tu ne peux pas dire ça... Mais tu peux dire que tu penses que ce n’est pas le bon chemin, avoir un raisonnement, dire que tu penses que ce n’est pas droit, c’est la liberté d’expression. Et ce qui arrive en ce moment est excédant; Beenie Man est un frère, il ne peut pas venir jouer en Angleterre, Buju Banton non plus, parce qu’ils ont fait des chansons là-dessus dans le passé... Et ce n’est pas un problème propre au Reggae, ça arrive aussi dans d’autres styles de musique, mais on en fait moins une affaire !

Quels sont tes projets ?
Gentleman:
Là, maintenant, je discute avec toi, après je vais donner le show de ce soir, on va continuer la tournée en France, c’est la première tournée française... Après on va faire quelques festivals, et dès qu’il va refaire froid, je repars en Jamaïque pour travailler le nouvel album ! Yeah man !
Blessed Love...

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