Groundation

Groundation

Vous considérez vous comme étant religieux ?
Harrison Stafford:
Non, pas vraiment. Je dirais que nous sommes plus spirituels que religieux. La religion peut être quelque chose de négatif alors que notre groupe Groundation est totalement positif !

Quand et comment a été crée le groupe ?
Harrison Stafford:
Ryan, Marcus et moi avons commencé à jouer ensemble en 1996. C'est à ce moment là que la musique est devenue notre langage. Nous jouions ensemble à l'université de Californie. (California State University)

Vous avez commencé par jouer du jazz avant de jouer du Reggae...
Harrison Stafford:
Eh bien, en fait j'ai commencé par jouer du Reggae mais nous avons étudié le jazz à l'université car c'était une fac spécialisée en jazz.

Pourquoi avez-vous donc décidé de jouer du Reggae ?
Marcus Urani:
Nous, on joue de la musique ! Tout simplement !
Harrison Stafford: En fait, si tu veux continuer à étudier la musique à la fac ou dans une école, tu es obligé d'étudier le jazz. Mon père était musicien de jazz. J'adore ça ! Le jazz, c'est une musique 'groove', qui rapproche les individus les uns des autres et leur permet de raconter une histoire à travers la musique. C'est fascinant... Le jazz est basé sur la communication et l'écoute. C'est une excellente base à avoir quand on veut créer sa propre musique.

Et le blues dans tout ça ?
Harrison Stafford:
Oui, le blues aussi nous inspire mais c'est vraiment le jazz qui donne tous les moyens de créer et qui développe notre capacité à s'écouter entre musiciens.

Vous avez sorti un album sur lequel figurent des reprises de Bob Marley. Que représente t-il pour vous ?
Harrison Stafford:
Le premier album que nous avons sorti est à la fois un hommage à sa musique mais aussi une étude plus poussée de celle-ci. Pour apprendre la musique, quelqu'elle soit, il faut d'abord commencer par étudier les grands maîtres, les pointures. Tu essaies de comprendre et d'apprendre ce qu'ils ont fait et après, tu l'intègres dans ton propre langage musical, de manière tout à fait naturelle.

Etait-il difficile de passer après à la composition de vos propres chansons ?
Harrison Stafford:
Ca n'était ni difficile ni facile... C'était une progression naturelle. Maintenant il est temps de poursuivre notre chemin, de montrer ce que nous avons à dire et à offrir. On progresse, on fait des erreurs. C'est à chaque fois une nouvelle expérience.
Marcus Urani: On n'apprend pas sans faire d'erreurs.
Harrison Stafford: Si nous attendions 3 ans avant de faire un album, nous serions peut-être un groupe totalement différent, notre son ne serait pas le même. Nous avons évolué ensemble. Les gens qui ont aimé notre dernier album veulent savoir ce que nous allons donné d'ici un an, et non dans trois !

Les membres du groupe écoutent-ils un style de musique en particulier ?
Harrison Stafford:
Nous écoutons de tout !

Vous êtes un groupe très uni...
Harrison Stafford:
Nous sommes un groupe uni car nous sommes un groupe de musiciens avant tout. Peut-être que dans certains groupes, il y a de bons musiciens, qui aiment la musique mais qui font plus la fête qu'autre chose ou bien qui ont des boulots à côté et donc ne progressent pas. Tous les membres de Groundation sont musiciens. Nous sommes des pauvres, nous n'avons pas d'argent ! Tout ce qui nous intéresse c'est la musique ! Nous passons nos journées à écouter de la musique ou à jouer.

Parlez-nous de votre enfance...
Harrison Stafford:
Nous sommes issus de la classe moyenne. Nous avions tous deux parents qui travaillaient comme des malades et que nous ne voyions pas très souvent. C'était plutôt les copains qui nous élevaient ! Ce n'était pas comme dans le temps quand un parent travaillait et l'autre restait à la maison. Nos parents travaillaient pour pouvoir rembourser le crédit de la maison et pour nous envoyer à l'université. Tout ça coûte cher ! Ta vie se déroule différemment selon ce que font tes parents, selon tes amis, les gens que tu fréquentes et les voyages que tu fais.

Où vivez-vous actuellement ?
Harrison Stafford:
Nous vivons dans le nord de la Californie.

Comment est la vie là-bas ?
Harrison Stafford:
Je vis dans la région des vignes, la région des bons vins !
Nous ne pourrions jamais vivre dans une grande ville, cela coûte trop cher. Même là où nous habitons devient trop cher pour nous. La vie est dure en tant que musicien !

La vie est dure en tant que musicien ?
Harrison Stafford:
Nous devons toujours nous battre, payer les factures. Nous ne gagnons pas des millions de dollars en faisant des tournées mondiales! Mais nous nous battons pour une cause juste : la musique. Si nous ne continuons pas à nous battre et que personne d'autre ne le fait, la musique mourra ! Actuellement, la musique s'appauvrit, se simplifie et n'est faite que pour être vendue et faire du fric. Nous sommes des gens pauvres vivant en Californie et qui essaient de transmettre ce message !

Et vous y arrivez ?
Harrison Stafford:
On espère ! En tout cas, on essaie !

Vous avez travaillé avec des personnalités comme Jim Fox, Don Carlos entre autres. Comment les avez-vous rencontrés et quelle a été la clef de ce succès ?
Harrison Stafford:
C'était des expériences différentes à chaque fois... J'ai passé pas mal de temps en Jamaïque avec les anciens, des musiciens et des rastas, notamment à Kingston et cela a permis d'établir un bon contact. Ils ont écouté notre musique, nos 'vibes'... Cela les a inspiré... Il y a une espèce de réseau là-bas, qui y était déjà et qui y sera toujours. Mais en même temps, ce sont tout simplement des gens biens et donc il y a eu comme une sorte de connexion entre nous.

Etes-vous connu en Jamaïque ? Votre single marche t-il là-bas ?
Harrison Stafford:
Non, non, non...

Avez-vous des contacts là-bas ?
Harrison Stafford:
Oui, nous avons quelques contacts. J'ai travaillé en studio à Kingston. J'ai fait quelques petites choses...

Et avec les autres membres du groupe ?
Harrison Stafford:
Non, nous étions juste tous les deux.
Marcus Urani: Au départ, il ne voulait pas m'amener ! C'était trop cher ! (rires)
Harrison Stafford: En plus, à ce moment-là, nous étions très occupés. Nous étions en phase d'écriture, de production et nous faisions pas mal de concerts.

Combien de temps avez-vous mis pour faire l'album ?
Harrison Stafford:
Nous l'avons enregistré en deux semaines en Californie. Nous l'avons écrit en 5 mois mais plus on avance, plus on trouve de nouvelles idées donc parfois ça peut être plus long. D'ailleurs, je crois que je vais mettre à écrire l'album suivant tout de suite ! (rires)

Est-ce que la musique 'live' est plus importante pour vous que l'enregistrement d'un album ?
Harrison Stafford:
Non, non, pas du tout. Certains pensent le contraire, certains disent que la musique 'live' est un moyen d'expression personnelle, un état presque naturel pour un musicien. Mais avec un album, tu peux être mort et enterré, ta musique continuera à vivre ! On peut réécouter ta musique quoiqu'il se passe et s'en inspirer donc tu as plutôt intérêt à y passer du temps et à dépenser de l’énergie pour faire le meilleur album possible.
Marcus Urani: Nous avons passé beaucoup de temps à discuter ensemble de ce que nous voulions sur l'album. Il n'y a rien qui y figure que nous ne voulions pas.

Il est donc parfait !
Harrison Stafford:
Eh bien, non, rien n'est jamais parfait ! Mais nous aimons tout ce qui y figure.

Qu'avez-vous appris grâce à cette tournée ?
Harrison Stafford:
Qu'il y a de très beaux endroits et que nous devrions revenir ! (rires)
L'Europe est juste plus petite que les Etats-Unis ! Mais les gens ont très bien accueilli notre musique…

Des gens plutôt 'underground' ?
Harrison Stafford:
Disons qu'il y a un certain type de personnes qui écoute notre musique. Il y a des endroits aux U.S où nous n'allons jamais faire des concerts, comme l'Idaho. Ils ne veulent pas de notre musique. Ils ne veulent pas entendre certaines choses. La musique trouve surtout son public sur les côtes, à New-York, en Floride, à Boston, en Californie, à Washington, dans l'Oregon...

Le phénomène est similaire avec le rap...
Harrison Stafford:
Eh bien, ce sont des endroits plus internationaux, des carrefours mondiaux. Les gens vont et viennent. Les gens veulent aller à l'université et sont avides de découvrir de nouvelles choses. Si tu fais des tournées dans la cambrousse, comme le MidWest ou le centre des U.S, je ne sais pas... ils sont plus étroits d'esprit. En Europe, chaque endroit est très accueillant et le public a envie d'entendre notre musique. C'est une autre mentalité...

Une meilleure mentalité ?
Harrison Stafford:
Une autre... Une meilleure... Je ne sais pas.

Comment expliquez-vous l'engouement de l'Europe pour vos chansons ?
Harrison Stafford:
Je ne sais pas... La musique, c'est quelque chose de passionnel. Quand elle nous touche, on ressent forcément les mêmes vibrations. Et notre musique est aussi la réflexion de ce qui se passe dans le monde qui nous entoure, et je crois que les gens le comprennent très bien.

Connaissez-vous un peu le reggae français ?
Harrison Stafford:
Maintenant, oui ! Un petit peu ! (rires)

Que pensez-vous de la tournure que prend le reggae avec l'explosion du dancehall et du slackness ?
Harrison Stafford:
Nous sommes en 2004. C'est l'époque de MTV, du gangsta rap. En Jamaïque, tout le monde a une télévision, des chaînes en or mais ils n'ont pas d'argent. Ils doivent dealer de la drogue ou voler pour pouvoir nourrir leurs enfants et les envoyer à l'école.

Et en Californie, ça se passe comme ça aussi ?
Harrison Stafford:
Bien sûr !
Même à Long Beach ?
Harrison Stafford:
C'est partout pareil ! C'est le problème de notre gouvernement, de nos leaders, c'est leur boulot. Ils prennent des décisions bien malheureuses !
L'aspect social est totalement négligé...
Harrison Stafford:
Absolument. C'est aussi le rôle de la musique que de faire prendre conscience aux gens de la réalité du moment. Nous aimons avant tout les vrais musiciens, les vrais gens, la vraie passion.

Avez-vous eu le temps de visiter Paris ?
Harrison Stafford:
Non, pas vraiment ! La prochaine fois peut-être.
Je me suis baladé un peu.

Revenez-vous cet été ?
Harrison Stafford:
Oui. Parfois, on apprend plus en parlant avec les gens qu'en allant voir des musées. Un touriste voit davantage de choses mais qu'a t-il appris des gens ?

Que pensez-vous d'Internet et son rôle dans la diffusion du Reggae ?
Harrison Stafford:
Je trouve ça génial ! Internet permet de diffuser plein de messages.

Merci à vous
Harrison Stafford:
Merci, merci.

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Merci Miren pour la traduction

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