Improvisators Dub

Improvisators Dub

Bonjour, nous allons commencer par parler de l’album W.I.C.K.E.D, encore, et j’espère que vous n’avez pas fini d’en parler... Donc, pouvez-vous nous le présenter et nous raconter comment il a été crée, comment s’est passé l’enregistrement, sa production, etc.
Fouine:
D’abord on a fait une préprod, une vraie pour une fois, c’était une première ! Après on est rentré en studio, et de là sont arrivés les contacts des chanteurs. On a d’abord enregistré une grosse partie des rythmiques des morceaux qui allaient être proposés, et ensuite les chanteurs sont venus poser dessus. Tout ça est allé assez vite en fait...

Donc ce sont les chanteurs qui se sont adaptés aux rythmiques créées au départ ?
Fouine:
Oui, enfin presque en même temps... Disons que la « grosse » base du morceau était faite, et après on a refait tous les arrangements de cuivres, en fonction du volume, comme les chanteurs les voulaient... Tu sais : dès que tu mets un chanteur sur un titre, forcément ça impose des « couplets-refrain » et donc tout ce qui est intervention de cuivres, il faut pas les mettre n’importe où. Par exemple, la version de Humble I, comme elle a été faite directement posée sur une base musicale, les cuivres ont carrément été faits après.

Et techniquement parlant, comment travaillez vous ?
Fouine:
On travaille pas trop à l’ordi, au maximum un petit copier-coller, on aime pas trop ça, c’est plus à l’ancienne. Si le morceau doit durer 4 minutes, on enregistre 4 minutes donc c’est pas des boucles infinies non plus.
Après, les techniques c’est que l’on remplit les pistes. Quand on enregistre et que les prises sont finies, il n’y a pas d’effets. Tous les effets sont faits à la main au moment du mix, en fonction du feeling de la personne qui va faire le dub : certains préfèrent mettre plus de reverb ou plus de delay, plus de chose… Moi, quand je fait l’enregistrement, j’adapte à ce que le gars qui va venir mixer derrière veut, en l’occurrence Manu, il tape ses effets sur la console et après il se dérouille. Moi je lui donne les morceaux chantés, t’essayes de faire une chanson et après tu laisses les manettes à Manu, et ça peut évoluer sans fin...

Mais comment se passe les sessions d’enregistrements d’Improvisators Dub ?
Fouine:
C’est un peu particulier l’enregistrement chez nous. Je ne sais pas forcément comment les autres groupes font, mais nous on remplit les pistes. Quand on a participé avec High Tone, on s’est aperçu qu’ils ne fonctionnaient pas comme ça en studio : eux, quand ils enregistrent ils ont déjà une vision de ce que va donner le morceau à la fin.
Manu: enfin, on a quand même une idée de mix, mais ce qu’il veut dire par là c’est qu’on remplit le maximum de pistes, de 1 à 24, on remplit le maximum : grosse caisse, percus, guitare, clavier, double clavier et après seulement on fait le choix de ce que l’on va garder ou pas, suivant le mix. Si c’est Fouine qui va mixer, il peut tout garder ou encore tout déconstruire, si c’est moi ce sera sûrement l’inverse, ça dépend de chacun de nous. Pareil pour Nico, le bassiste du groupe et Knarf. En même temps, on a libre court par rapport à notre musique...
Donc à la base, quand on construit ses morceaux il penche pour certains qu’il aime, moi pareil, les autres pareil; pour ça il y a une bonne harmonie dans le groupe et c’est encore une évolution. Il faut enlever les rapports de force, car c’est très dur d’aller en studio avec des gens. Ca a beau être ton groupe depuis dix ans ou pas, il faut respecter l’un et l’autre, savoir ce que l’autre veut et essayer de faire un truc associé et tout le monde s’y retrouve dans ce qui l’éclate. Et c’est excellent.
Fouine fait toutes les prises de son, il nous fait un son nickel que tu n’as pas besoin de retoucher et tu n’as plus qu’à faire le mix.

Musicalement, l’album W.I.C.K.E.D, est différent de votre style habituel. On pense à une sorte de retour aux sources à du son plus Roots...
Manu:
Ce n’est pas un retour aux sources. Enfin, tu peux le voir comme ça et beaucoup de gens vont le voir comme ça effectivement. En fait, c’est une continuité, chaque album est différent. On voulait vraiment faire un album Dub lourd à la base, et on s’est laissé allé par tout ce que nous avons agrémenté dans les pistes pour chaque morceau. Il y a des rythmes très rapides et pourtant ça reste toujours dans la lignée Roots. Ca s’est fait naturellement, il est vrai qu’à la base on ne voulait qu’un album de Dub, les chanteurs sont arrivés, et on voulait faire des trucs en 45 tours, qu’on peut toujours faire puisqu’on a différents mixes mais on ne voulait pas tout donner et finalement on a tout donner. Pour faire quelque chose de différent, pour marquer le coup, perpétuer aussi la tradition parce qu’on avait fait ça avec Super Vocal en dub-session. On peut dire que c’est un retour au Roots, mais en même temps on a toujours été dans cette logique. Au début, c’était des albums beaucoup plus Dub instrumental, certes, mais aussi, on n’avait pas fait les mêmes rencontres qu’on a fait maintenant avec les chanteurs, ce qui a harmonisé l’ensemble...
Fouine: Ras I, on le connaissait par les disques qu’il avait fait avant, mais quand il est arrivé on ne savait pas du tout ce que ça pourrait donner sur notre musique. Et en fait tout s’est fait naturellement encore : il est arrivé à dix heures du soir de l’aéroport, donc moi je ne le connaissais pas mais ça a été super vite, il a fait un petit truc à manger, il a voulu voir le studio, on a sympathisé dans le studio et là il a dit « ok, on enregistre ». Et 3 heures après, on avait déjà fait 3-4 morceaux.

Pas besoin de « réglages » entre lui et vous donc...
Fouine:
Non, aucun. Il a écouté les versions, pour certaines il a préféré attendre le lendemain, et pour d’autres, il avait déjà des textes de prêts, de la Dub Poetry et au fur et à mesure que je faisais défiler la version, il tournait les pages, il écrivait et à la fin de l’écoute il était prêt. Ça coulait.
Manu: Pour en revenir à ce Roots comme tu disais, vraiment on ne l’a pas fait dans cet esprit, ça s’est fait comme ça. Et pourtant on voulait un truc beaucoup plus lourd, beaucoup plus déstructuré et on y arrive pas parce qu’on tombe sous le charme et maintenant on se retrouve avec un album pratiqué réglé Reggae.
Et on va retourner en studio pour refaire un truc plus à nous, bien lourd et enfoncer un peu plus le clou dans le Dub. De toute façon Impros, on veut fortement s’inspirer, représenter et faire partie de la scène anglaise et jamaïcaine.

D’ailleurs vous êtes vus comme les plus anglais et jamaïcains de la scène Dub française, et c’est vrai que le son de cet album, sans dire de qui il est, il est difficile de croire que vous êtes français.
Manu:
Complètement, mais on a notre identité : notre son ne ressemble pas à Disciples ou autre. Ça s’est ce qu’on a pu construire. Car on est tous d’accord qu’on pourrait partir dans l’Electro c’est pas le problème, mais c’est pas ce qu’on écoute non plus. On a tous derrière nous une discographie plutôt remplie, c’est important aussi de connaître la musique extérieure au Dub, c’est ce qui donne ton originalité. Après on fait du Dub, car on écoute du Dub, mais ce qu’on écoute en dehors du Dub, rien ne nous influence. Les seules influences qui viennent, c’est par le Dub.

Et dans le Dub justement, quelle est votre principale référence, quelle est la plus forte influence ?
Manu:
Ca c’est une bonne question, parce qu’on peut tous répondre individuellement. Moi, je dirais que c’est la source de plusieurs personnes : Tubby’s, Lee Perry et Disciples forcément.
Fouine: Prince Far I, Augustus Pablo, Iration Steppas aussi évidemment.
Manu: Nico, le bassiste, lui il est fan de tout ce qui est « old school », 70’s, Roots Radics, etc.
Et Knarf, le batteur, lui il cultive le Roots et le Rocksteady et aussi d’autres trucs un peu Ska, à la limite du Ska et du Rocksteady.
Et bien sûr le Dub UK, pour nous tous. Parce que depuis longtemps on écoute cette musique.

Pour revenir à la scène anglaise, comment s’est passée la rencontre avec Disciples pour l'album "Dub & Mixture" ?
Manu:
En fait, je produisais des concerts et on faisait venir des groupes comme Bush Chemists ou Disciples. C’était il y a 7-8 ans et à l’époque c’était vraiment « casse gueule » de faire jouer Bush Chemists...
Donc ça s’est fait naturellement encore une fois, humainement. C’est pour ça qu’à chaque fois que l’on invite quelqu’un sur un de nos albums, ça ne se fait jamais dans une démarche commerciale, pour faire vendre le produit à tout prix. Toutes nos collaborations avec les chanteurs ont toujours été humaines avant tout. Quand on invite un chanteur, on lui paye son billet, il est nourri, logé, on se connaissait avant, on en avait parlé...
Fouine: Oui et en plus le studio où on enregistre toujours, c’est quand même un endroit sympa, au milieu de la campagne, ça se passe vraiment toujours humainement.

Quelles différences voyez vous au niveau du public entre la scène française et les scènes anglaise et jamaïcaine ?
Manu:
C’est une différence de culture. En Angleterre ou en Jamaïque, c’est leur culture, en matière de soundsystems ou de productions, du petit frère à la grand-mère, comme c’est le cas en France pour la chanson française ou le musette. Et des bals musette ici tu en as tous les week ends.
En Angleterre, ils peuvent aller voir jouer Iration Steppas ou Jah Shaka tous les mois ! En France, il y a en quelque sorte un effet de mode pour le Dub. Il y a dix ans, quand on avait les cheveux rouges, les gens nous demandaient quel style de musique on jouait « Vous faites du punk ? Non, de la techno ? Non, du Dub. Du quoi ? ». Personne ne connaissait le Dub, alors que ça existe depuis les années 70.

Justement vous êtes actuellement en tournée, elle se déroule bien ?
Manu:
Oui, il y a un bon set, tout nouveau, on se trimballait le même set depuis deux ans et demi, entre deux albums. Maintenant c’est autre concept depuis que Francis n’est plus là. Donc ça surprend un peu le public parce que Francis apportait la touche orientale. Mais ça a permit au gens d’accepter le Dub, le côte oriental qu’il apportait, permettait à des gens qui ne connaissait pas le Dub d’y venir.
Fouine: Heureusement, je n’ai entendu personne dire que c’est moins bien qu’avant !

Merci beaucoup à tous les deux et bonne continuation pour la suite de la tournée.

Impros_Dub+W_McAnuff

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