legalize hits

Legalize Hits - Yanis Odua & Straïka D.

Merci de nous accueillir et de nous accorder un moment pour cette interview.
Yaniss Odua:
Merci de votre patience...

Donc Legalize Hits est un label qui a été créé en 2006 dont le but est à la fois de promouvoir des artistes antillais conscients au niveau culturel et lyrical, mais aussi d'avoir une certaine indépendance vis-à-vis de l'industrie du disque...
Pouvez-vous revenir sur la création du label, sur son historique, son concept et ses acteurs ?
Yaniss Odua:
Le label a été créé par Dalton, Straïka, Matinda et moi-même. On s'est regroupé pour pouvoir, comme tu le disais, être producteur de notre propre musique. Jusqu'à aujourd'hui, on a souvent été invité sur différents projets, différents albums par des producteurs...
Straïka: En fait, ce sont nos propres riddims, on a choisi de poser notre vision musicale.
Yaniss Odua: Au niveau artistique, c'était aussi une manière de pouvoir se lâcher...

Mais c'est un projet qui vous tenait à cœur depuis longtemps ou est-ce que c'est un projet qui a vu le jour du fait des circonstances ?
Yaniss Odua:
Personnellement, c'est un projet qui fait parti des objectifs depuis le commencement. S'autoproduire s'est le résultat de longues années de travail.

Je suppose que la création d'un label doit-être particulièrement difficile car c'est un projet lourd a porter, quels sont les problèmes/obstacles que vous avez pu rencontrer à travers cette aventure ?
Yaniss Odua:
Les obstacles de production ! Comme c'est notre première expérience en tant que producteur, on est plus ou moins en train de se faire les armes.
Straïka: On a affaire à l'administration et ses procédures !
Yaniss Odua: Tu sais, avant on se positionnait uniquement en tant qu'artiste donc on n'avait pas ce genre de problèmes là à régler. Donc on apprend...

Pouvez-vous nous parler un peu de Dalton et de son rôle ? On sait qu'il a une grosse expérience avec les mixtapes Jahkingdom et Gwadajah, comment intervient-il dans le projet ?
Yaniss Odua:
C'est le gérant du label.
Straïka: Etant donné que nous sommes artistes, on tourne beaucoup, donc c'était une manière de pouvoir déléguer tout ça à une personne et ensuite de pouvoir se concentrer sur la musique elle-même.

Donc vous aviez clairement un objectif d'indépendance, et est-ce qu'on peut dire que c'est finalement une manière pour vous d'éviter le formatage artistique ?
Yaniss Odua:
Ça a toujours été notre but de toute façon de na pas être formaté notamment avec la maison de disques.
Straïka: En fait, tout simplement c'est une continuité. Arrivé un moment, on a vraiment envie de sortir quelque chose ou même présenter un nouvel artiste qu'on aime. Donc là on peut le faire sans passer par d'autres moyens.

Au niveau de l'album, la musique a été enregistrée au studio Roots Cat de Montreuil et au célèbre studio Tuff Gong à Kingston... Vous avez fait le voyage en Jamaïque ?
Yaniss Odua:
Yes, pour faire les musiques seulement car les paroles ont été enregistrées en France.

Mais est-ce que c'était vraiment important pour vous qu'une partie de l'enregistrement se fasse là bas ?
Yaniss Odua:
Ce n'était pas spécialement important mais on avait l'opportunité de le faire, on avait la possibilité. Mais il ne faut pas oublier qu'on pouvait également le faire ici car il y a de très bons musiciens, tu vois ce que je veux dire ?

Vous pensez que ça a apporté un « plus » notamment en termes de sonorité ?
Yaniss Odua:
Bien sûr, c'est du Reggae avant tout ! Après ce sont les années d'expérience qui parlent.
Straïka: Voilà, du Reggae joué par Dean Fraser, Horsemouth Wallace, etc. Ce sont des gars qui connaissent leur travail.

Justement je souhaitais y venir... Vous vous êtes entouré de pointures... On pense par exemple à Horsemouth Wallace pour la batterie, Earl 'Chinna' Smith pour la guitare, Dean Fraser aux cuivres, Bongo Herman aux percussions, Veron 'Koxx' Dinnall à la basse, etc. Tous ces musiciens ont travaillé avec les plus grands et sont reconnus comme étant les plus brillants, les plus convoités aussi...
Quels souvenirs avez-vous de cette collaboration notamment concernant les méthodes de travail ? Vous pouvez nous en dire plus ?
Straïka:
Moi je n'étais pas là...
Yaniss Odua: En fait, pour que tu puisses bien visualiser le truc, Dean Fraser, Horsemouth Wallace, Earl 'Chinna' Smith, Bongo Herman, etc. Ce sont des musiciens qu'on entend depuis tout petit. Aujourd'hui, avoir l'opportunité de travailler avec eux c'est vraiment comme une consécration ! Ça fait super plaisir, c'est un aboutissement. Tu te dis ok ton travail commence à être sérieux, comme tu voudrais l'entendre et comme tu l'as toujours entendu. Tu vois ce que je veux dire ? Tu te rapproches un peu de tout ça... C'est plus qu'un plaisir. Puis, au niveau de la manière de travailler ce sont des leçons !

Concernant le mixage, il a été réalisé au studio Penthouse à Kingston par le mixeur jamaïcain Shane Brown, aviez-vous une idée précise de ce que vous attendiez ou lui avez-vous laissé carte blanche ?
Comment s'est passée votre coopération ?
Yaniss Odua:
En fait, on avait déjà une idée précise déjà en allant le voir. On connaissait déjà un peu ses sons, on savait comment il sonnait donc on lui a laissé carte blanche, on l'a laissé faire. Sinon, on est quand même descendu avec un ingénieur du son qui était avec nous depuis le début. Donc, il était suivi quoi !

Et concrètement, en combien de temps avez-vous fait l'album ?
Straïka:
Ça a pris 1 an !

Vous avez décidé de sortir deux 45 tours, vous considérez que c'est toujours un support incontournable ? Combien d'exemplaires avez-vous pressés ?
Yaniss Odua:
Ça fait parti de notre culture, de la culture du Reggae, de la culture des soundsystems. Donc à ne pas négliger ! On en a pressé environ 300 de chaque.
Straïka: Puis c'est un son particulier.
Yaniss Odua: Depuis le début on a toujours fait comme ça. Il ne faut pas qu'aujourd'hui, en tant que producteur, on ne le fasse pas.

On peut regretter que l'album ne comporte que 11 titres, est-ce que c'est la conséquence de passer par un label indépendant qui ne dispose pas forcément de beaucoup de moyens ?
Yaniss Odua:
Je pense que ça n'a rien à voir avec les moyens. C'est plus une volonté parce que cet album c'est aussi notre premier projet. En tant que première expérience, on ne sait pas comment ça va se passer.
On ne voulait pas « gâcher » des morceaux. C'est à dire qu'on ne va pas tout mettre sur l'album d'un coup genre on a l'opportunité et on le remplit ! En fait, notre but était de sortir peu de morceaux mais pour chacun essayé d'en retirer le maximum, d'exploiter son potentiel.
La plupart des morceaux ont été préparés comme en live avec les musiciens pour en sortir le meilleur donc c'est un choix au niveau de la quantité !

On a été étonné de ne retrouver qu'un seul titre où vous chantiez à 3 ("Ouvre Les Yeux"), pourquoi ne pas en avoir fait plusieurs ?
Yaniss Odua:
C'est justement l'effet de surprise ! Tout le monde s'y attendait mais tu sais on a déjà fait pas mal de morceaux ensemble. On s'est rassemblé pour faire le label mais le but n'était pas de se rassembler pour faire un groupe.
Straïka: Yes ce n'est pas un groupe, c'est un peu pour ça qu'on a fait le choix de n'avoir qu'un son à trois et de sortir des morceaux individuels.

On retrouve un album assez éclectique, assez diversifié avec des influences musicales multiples : Roots, Dancehall, oldies avec une rythmique Ska, Hip-hop avec L.T feat. Straïka ou encore Soul/R n'B avec Matinda et Marsha Kate... Cette diversité était-elle volontaire dès le départ ou s'est elle imposée naturellement ?
Yaniss Odua:
C'était volontaire comme le nombre de morceaux qu'on plaçait. C'était pour montrer tous les univers qu'on pouvait expérimenter. On n'est pas focalisés que sur le Roots bien que ça soit notre terrain de prédilection. Mais bon à la base ça reste musical !
Straïka: C'est pour montrer toutes les variantes du Reggae : le Ska, le Roots, Dancehall... Toute cette palette là fait partie de la « famille Reggae ». On a voulu montrer qu'on était à l'aise un peu partout, qu'on fait justement corps à cette musique !

Un certain nombre de tunes sont chantés en solo mais est-ce que tout le monde a participé à leur élaboration ?
Yaniss Odua:
Bien sûr ! Tout a été fait ensemble et puis comme dit l'expression : 2 têtes valent mieux qu'une ! Le but est de réunir les forces pour essayer d'arriver le plus loin possible.

Au niveau des thèmes abordés, il y a beaucoup de messages positifs et d'amour mais aussi des titres engagés ("La Volonté" et "Ouvre Les Yeux"), éveiller les consciences collectives constituent pour vous une mission ?
Yaniss Odua:
Ya man ! Straïka avait même déjà chanté ça ! On est en mission !
Straïka: Yes on est en mission. Le Reggae est une musique porteuse de messages positifs donc nous on ne fait que poursuivre la tradition comme Bob Marley, Peter Tosh ou d'autres qui dénonçaient un système. C'est un peu la même chose qu'on revient faire sur nos riddims avec un peu d'actualité dedans. Ça reste une musique rebelle... C'est la voix du peuple le Reggae donc on s'efforce justement de le représenter au maximum.

Et au niveau des featurings on retrouve Blue Eyes qui apparemment vient de Suisse...
Straïka:
En fait non c'est la rencontre qui s'est faite en Suisse. J'ai travaillé là-bas avec le collectif Dsnsky, ils avaient déjà commencé à bosser avec Lord Buddha Monk, un rapper (ndlr : MC et producteur, membre du Brooklyn Zu et du Wu Tang Clan). Ils ont mis un riddim, il était peut-être 3h du matin, et j'ai trouvé une vibe dessus. Tout de suite, j'ai demandé de reprendre la mélodie. J'ai chanté en créole et en anglais, c'est quelque chose que j'ai vraiment fait spontanément.
Pour parler de Blue Eyes (ndlr : Alicia Renee vient du Michigan aux Etats-Unis, elle s'est notamment fait connaitre avec son titre "Black Land of the Nile" avec lequel elle remporta le Worldwild Music Awards), c'est une artiste qui a participé à différents festivals de jazz (ndlr : The Jazz Cafe à Londres, North Sea Jazz Festival en Hollande, La Scène à Paris, le festival de Jazz à Montreux, etc.), c'est aussi une pianiste, c'est une artiste solo accomplie.

Et concernant L.T ?
Yaniss Odua:
C'est un artiste qui n'est pas encore connu. C'est un coup de cœur de Matinda. Ils travaillaient déjà ensemble. Ils ont donc fait un morceau qu'on retrouve sur "High Tunes". C'est une histoire de vibes avant tout.

Et c'est la tune en combinaison avec Marsh Kate, dont vous avez réalisé un clip, que vous avez décidé de sortir en premier ?
Yaniss Odua:
C'est par rapport à la période à laquelle on l'a sorti... C'est celui qu'on a trouvé le plus approprié au niveau de la rythmique, et c'est aussi un morceau où il y avait une présence féminine...

Une tournée est-elle prévue ? Y-aura-t-il des dates en province ?
Yaniss Odua:
On a prévu une tournée mais en fait on n'a pas encore toutes les dates. On va commencer avec Bordeaux début janvier, les autres dates sont en train de se monter au fur et à mesure.
D'ailleurs Straika tu étais en concert il y a quelques semaines à Caen (ndlr : le 1 décembre 2007 avec Lyricson, Sir Samuel, Mickey 3000, Caporal Nigga, Valley, le soundsystem Back to Zion,etc.), on pensait que Matinda et Yaniss seraient là pour poser une tune...
Straïka: Yes I ! Un moment j'ai dit « Big up Yaniss », les gens pensaient qu'il était là...
Yaniss Odua: La prochaine fois on sera là !

Votre image et les messages que vous diffusez sont relativement positifs alors que parallèlement on s'aperçoit que Slackness à la cote en Dancehall, quel est votre opinion face à cet effet de mode ?
Yaniss Odua:
Le Slackness a toujours existé. Le Reggae représente la vie de tous les jours. On a de tout là dedans : il y a le côté festif, sérieux, triste, rebelle... C'est une musique qui représente chaque instant de la vie. Le Dancehall est beaucoup plus spontané que le Reggae qui racontera plus une histoire. Sur le Dancehall, ça peut-être une action qui est en train de se faire, tu vois c'est beaucoup plus spontané.
Straïka: C'est instinctif !
Yaniss Odua: Le Slackness c'est quelque chose qui a toujours existé. Shabba Ranks, c'était le premier DeeJay à avoir mash up à l'international. Y'avait pas plus Slackness que Shabba Ranks. Ce n'est pas nouveau quoi !
Si on n'en fait pas spécialement c'est qu'on considère qu'on a de la chance de se produire sur scène, de se faire entendre par des gens, donc on préfère saisir cette chance pour faire passer des messages positifs.
Straïka: On essaye d'utiliser ça à bon escient.
Yaniss Odua: Ce n'est pas ce qu'on essaye de promouvoir.
Straïka: C'est le côté conscient qu'on tente de développer.
Yaniss Odua: Après, le Slackness je ne dis pas qu'il ne faut pas en faire mais disons qu'il y a des artistes pour ça, et ils le font très bien.

Vous roulez votre bosse depuis le début des 90's, vous êtes donc des « vieux de la vieille » malgré vos jeunes âges; vous avez pu observer l'évolution du Reggae/Ragga au fil des années, quel regard portez vous sur la scène actuelle ?
Straïka:
Je pense que ce qui doit se faire se fait dans la mesure où c'est une évolution constante. On ne peut pas dire que le Reggae régresse parce que plus ça va, plus on l'entend à la radio. Même des artistes de variété ont des sonorités Reggae acoustiques. A l'heure qu'il est, en 2007/2008, le Reggae est international. Même dans les dessins animés, dès qu'ils ont besoin de passer un moment cool ça va être une ambiance Reggae. Tu vois ce que je veux dire ? La musique Reggae est déjà installée et c'est en perpétuel mouvement.

Faut-il penser que vos prochains albums solos pourraient sortir sur ce label ? Est-ce que ça constitue un objectif, une finalité pour vous ?
Straïka:
Je ne pense pas que ça soit une finalité !
Yaniss Odua: Tu sais, ça va se faire petit à petit. Comme on te disait, c'est notre première expérience en tant que producteur donc on va d'abord se perfectionner histoire d'avoir un peu plus d'expérience et, à partir de ce moment, on pourra peut-être produire, avec la grâce, notre album sur le label.

Avec cet album et ce label, est-ce aussi une manière pour vous d'ouvrir la porte à des artistes peu connus qui souhaiteraient percer ?
Yaniss Odua:
Yes avec la grâce ! Il faut se faire de l'expérience avant d'aller chercher qui que se soit. C'est pour ça que ça se fera progressivement.

Et quels retours avez-vous eu jusqu'à présent de l'album ?
Yaniss Odua:
Pour l'instant on commence, tu sais l'album vient juste de sortir, mais c'est vrai qu'on a eu des échos positifs pour le moment.

Ok, encore merci de nous avoir consacré du temps et bon courage pour la suite.
Straïka:
Merci à vous !
Yaniss Odua: Merci et bonne continuation.

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