livity reggae

Livity Reggae

Quand avez-vous ouvert Livity Reggae ? La Clientèle s’est elle manifestée dès l’ouverture du shop ?
On a ouvert exactement le 11 Juin 2005 mais l’ouverture officielle a eu lieu le 21 juin pour la fête de la musique, on avait monté un petit sound juste devant le magasin tout en faisant attention de ne pas se faire écraser par les voitures, ce sera mieux organisé l’année prochaine ! On devrait arriver a négocier la petite ruelle a coté du shop pour pouvoir créer une vraie danse.
Quand on a ouvert au mois de Juin, c’était plus une ouverture entre amis, avec le réseau qu’on a, les produits n’étaient pas encore en vente. Donc pendant ces trois mois c’est plus notre réseau qui alimentait la clientèle du magasin. On ne voulait pas insister sur la pub en été, tout le monde partait, les étudiants en vacances, pas grand monde en ville pendant l’été. Par contre, on a beaucoup insisté sur les festivals, on a bougé à droite à gauche, on a fait le Ja'Sound, et tous les petits festivals de la région histoire de distribuer des flyers. Là, on commence à partir sur une pub un peu plus large, on est dans quelques journaux, le petit bulletin, les lycées, les Facs, les collèges, les tabacs aussi parce que souvent les gens qui viennent dans notre magasin ils vont souvent au tabac aussi...

Livity Reggae, c’est combien de disques aujourd’hui ?
Déjà, là on a pas fait les stocks que l’on veut avoir définitivement, on essaye de pas prendre des disques qui nous font plaisir à nous. On s’est rendu compte que l’on a une grosse grosse clientèle au niveau du NuRoots, après le Dancehall lui commence à arriver mais il reste en bonne dernière position puis on a quand même une clientèle assez importante au niveau du Roots et Dub UK.
Après en stock, il doit y avoir 2500 singles et 500 albums (LP, Maxi, 10''), a peu près.

Pourquoi avoir choisi ce nom : Livity Reggae ?
On avait plein de noms, on a hésité à reprendre le nom de notre soundsystem par exemple mais surtout on voulait monter un magasin qui était plus qu’un endroit où acheter des disques et qui était aussi là pour apporter un élément au niveau de la culture. C’est d’ailleurs pour ça que l’on ne vend pas que des disques. Sinon Livity, c’est le mode de vie, tu te rapproches de la Terre, du respect de la planète... Donc, nous en dehors du fait que l’on aime cette musique, qu’on la ressent, derrière c’est toute une philosophie, un état d’esprit, une manière de vivre, de parler avec les gens, d’accepter ou non certaines choses. C’est la philosophie que l’on s’applique à nous mêmes, tous les jours.

Pourquoi êtes vous devenu disquaires ?
On a eu ce projet il y a 5 ans, avant que Reggae Jam et Marjoul Records n’ouvrent mais ils ont ouvert pendant que nous, on été entrain de bosser sur les financements, c’était il y à 6 ans. On avait vachement moins d’expérience, vachement moins de contacts donc on a pas voulu monter un troisième magasin en concurrence sur Lyon et on a laisser les dossiers de coté. Ensuite on est devenu clients de ces shops jusqu'à ce que Marjoul dans un premier temps ferme peu après son lancement, et Reggae Jam a fermé il y a maintenant un an. Du coup, dans notre tête le projet est revenu, on était en instance de changer un petit peu d’orientation professionnelle, donc on a foncé et puis voilà.

On ne trouve pas que des disques a Livity, pouvez vous nous détailler le reste des produits ?
Nos avons plusieurs petites gammes de produits. La première gamme c’est celle du vêtement : tout ce qui est T-shirt, on va faire des pulls à l’effigie des sounds lyonnais et du magasin, on fait aussi tout ce qui est chapeau pour les Dreads. On a aussi tous les produits style wax pour pouvoir justement entretenir les dreadlocks. On aura même bientôt les chaussettes qui vont arriver, c’est l’hiver du coup les chaussettes arrivent bientôt !
On a aussi une gamme plus au niveau du Merchandising avec plein de petits produits : des cartes, des grinders, des centreurs, on a plein de petits trucs délires genre des sent-bons pour ta voiture avec des lions de Judah, des portes clefs, des sifflets; des petits drapeaux Sound Boy. Puis la gamme artisanat: ceintures en chanvre qui viennent de Jamaïque, on a également des produits africains, d’Amérique Latine et on essaie aussi de développer des produits issus du commerce équitable.
On essaie de compter sur des produits comme des portefeuilles africains, bandouilleres africains, des vêtements d’Amérique Latine qui pour nous reste aussi dans l’esprit de l’ouverture culturelle.

Quels sont les prix moyens pratiqués ?
Alors, les 45T sont à 4/5 euros. Jusqu’à 45 euros pour les collectors, y’a pas de soucis on peut même te sortir des pièces à 100 euros ! Pour les LPs, ça varie entre 15 et 16 euros, et autour de 10 euros pour les Maxis.
En fait, en gros ce qui différencie c’est les press jamaïcaines, les press anglaises, les press américaines.
Les produits jamaïcains sont un peu moins chers, et tout ce qui est UK c’est un peu plus cher mais de meilleure qualité, les press sont meilleures vous le savez bien.

Quelle est la clientèle type ?
On a répondu plusieurs fois en disant des conneries, que généralement c’est des dreadlocks blancs et noirs, des locks de 20 à 30 cm... Après c’est vrai que des dreadlocks, on en a beaucoup qui passent dans le magasin mais on a aussi pas mal de gens qui sont passionnés de Reggae. Donc je dirais qu’on a une clientèle qui est assez jeune, la majorité en dessous de 30-35 ans et à notre agréable surprise pas essentiellement masculine! C’est certainement dû au fait que l’on développe d’autres produits différents qui ne sont pas que des disques parce que notamment à Lyon des sélectrices, y’en a pas des millions... Apres on vend des t-shirts féminins, des écharpes en soie Ethiopie qui plaisent plus aux filles. Donc ouais un passage féminin assez important au magasin et puis on aime ça en plus (rires). Mais sinon, essentiellement des Selectas !

Quels sont les artistes qui se vendent le plus ?
Les artistes qu’on a vendu le plus depuis le début c’est I Wayne, beaucoup de Capleton, Chuck Fenda, Richie Spice, le Fifth Element si tu préfères... Enfin tout ces artistes bien sur le devant de la scène en ce moment.
Après, on a Leslai Kassel, Lili Melody, ce sont des artistes qui ne sont pas forcément très connus ni très courants mais qui sont de super bonne qualité et qui coûte la plupart du temps très cher. On a trouvé de bonnes connections, pour Leslai Kassel il y a eu des repress qui coûtent pas cher alors que les albums en press original ils coûtent jusqu'à 150 euros sur le net. Ensuite, tous les artistes de Nuroots actuel, Junior Kelly à gogo, Junior Reid, Anthony B, etc.
Par contre celui que j’allais oublier, celui qu’on a vendu énormément c’est "Junior Gong" Marley : le "Welcome To Jamrock" et tout ce qui s’en est suivi! Mais c'est normal, cette tune elle est énorme mais moi ce que je veux c’est que les gens commencent à comprendre les lyrics parce que la tune est bonne mais quand tu comprends le message elle est encore plus meilleure.

Avez-vous une anecdote concernant une demande ?
L’histoire la plus drôle qui nous est arrivée, c’était avant l’ouverture du magasin, on était là, à faire des travaux.
Deux dreadlocks qui font des travaux dans un local, forcément les voisins se posent des questions. Et un jour, une dame d’une bonne cinquantaine d’années vient nous demander si on allait faire une discothèque, elle s’inquiétait de savoir si elle allait pouvoir dormir la nuit ou pas. On lui a expliqué qu’on allait vendre des disques de Reggae et puis tout ce qui tournait autour du mouvement Reggae. Et là, très sérieusement, elle nous a répondu: « ah oui d’accord, vous allez vendre des disques de Reggae mais alors vous allez vendre de l’herbe aussi? » (rires)
Evidement, on lui a expliqué qu’on allait pas le faire, que de toutes façons c’est interdit par la loi et puis sur le ton de la plaisanterie on lui en a proposé un peu (rires). Mais bon il faut savoir qu’elle a quand même insisté et qu’elle est revenue après l’ouverture du magasin pour savoir si on vendait de l’herbe ou pas finalement! Elle lâche pas le morceau!

Sortons un peu de la boutique, depuis quand écoutez vous du Reggae ?
Alors moi j’ai commencé super jeune, à l’école primaire, en CM2 j’avais déjà deux ou trois albums de Marley, j’écoutais aussi autre chose évidement puis à partir du collège je me suis vraiment mis à fond dans tout ce qui est le son Reggae, en dehors de Marley, commencer à aller chercher Lee Perry, Max Romeo. Puis j’ai commencé à acheter des vinyls super jeune aussi, la première fois je devais avoir 12/13 ans, en fait j’avais un pote dont le père bossait à Rock’n Folk dans les années 70 et il recevait tous les albums des stars jamaïcaines en échantillons gratuits de publicité! Du coup, j’ai tous ces albums chez moi en press original qui valent aujourd’hui des millions (rires) et que j’ai acheté à 12 ans pour 50 francs.
Je pense que c’est ce man qui m’a filer le « vice » parce que j’ai eu de très bons disques, des belles pièces de l’époque! J’avais même pas de platines à l’époque, je commençais juste à collectionner les disques. Ensuite, j’ai cherché les magasins, j’ai commencé à commander des disques sur paname, à recevoir des colis de 45t, etc.
Apres évidement, il y a eu vachement d’évolution entre temps, le mouvement qui évolue, les soirées qui s’augmentent, les différent styles qui évoluent eux aussi. Et puis à l’heure d’aujourd’hui on a notre petit soundsystem qui est, ma foi, pas big ni quoi que ce soit, mais on a notre petit truc que nous avons fait. On fait un sound parce qu’on aime mixer déjà, parce qu’on aime animer les soirées et puis on aime voir les gens qui dansent, c’est un vrai plaisir!

Donc vous faites également parti du soundsystem local Zion High Foundation, depuis quand ?
Ca fait longtemps qu’on joue, mais ça fait environ 4 ans qu’on a mis un nom sur le sound. Pour tout vous dire, on s’est d’abord appelé Zion Gate avant de connaître le sound de Nantes. Il est même possible de trouver des flyers de nous y’a 7/8 ans avec le nom de Zion Gate, on ne savait pas du tout. Puis à force de bouger beaucoup, j’ai rencontré Zion Gate, du coup on a changé un peu et on a pensé à Zion High mais il y avait déjà le son de Ranking Joe, alors nous avons mis Foundation parce que nous, on est vachement foundation aussi même si je vous l’ai déjà dit on est beaucoup là pour les danses donc on joue tout ce qui fait danser tout en faisant attention : pas de slackness ou de "Bun Batty", c’est pas dans nos soirées que tu vas en entendre, on fait vraiment attention au message. On essaye de rester intègres par rapport au message.

Combien de scènes avez-vous a votre actif ?
En tant que Zion High Foundation, je dirais 300/400. Enfin, ça fait 7 ou 8 ans qu’on tourne, on en fait le plus possible. On en fait entre nous, entre potes, on en fait dans les bars, on bouge dans les stations de skis en hiver, en été on se fait les festivals, on bouge sur la côte, on bouge en Espagne. Puis on fait aussi des soirées régulièrement dans notre ville ! L’année dernière, on avait une résidence, on jouait tous les 15 jours, cette année on va essayer de jouer toutes les semaines. Donc voilà, ca fait 7 ans qu’on est actif au niveau du sound.
Cela dit on monte pas encore sur la scène du transbordeur, etc. Mais on a un sound qui est souple, c'est-à-dire, si quelqu’un a une petite association, qui vient me voir parce qu’il veut faire une petite soirée, on trouvera une entente ou alors un man vient me voir pour une big scène lors d'un big festival et il me file une heure sur la scène principale, on trouvera un terrain d’entente aussi. Puis on fera descendre un artiste, français ou jamaïcain en fonction du budget dans la mesure ou on a des connexions intéressantes. On est ouvert a touts les projets on étudie toutes les occasions.
Après, les meeting du FN c’est sûr qu’on les sonorisera pas ou alors ce sera a grand coup de bloodclat toute la journée ! Sinon, on commence a bien maîtriser notre sound, on essaye de mettre en place des trucs sérieux et des prestations carrées. Maintenant on se professionnalise, il y a le magasin, le sound, on fait aussi de l’organisation d'événements: on a fait descendre Yannis Oddua et Straïka D au Ninkasi au mois de Mars à Lyon. On a différentes activités, on essaye de se diversifier pour créer notre métier et de pouvoir dégager un salaire aussi donc forcément il faut être sérieux et carré. On est là pour la vibe mais aussi pour construire notre avenir avec les lois qui nous entourent. (Bloodclat pour l’Etat).

Avez-vous le souvenir d’une soirée qui vous a marqué ?
La soirée mythique, on en parlait récemment avec Mika, celle qu’on oubliera pas c’est le premier concert de U-Roy que nous avons fait à Lyon. On avait 12/13 ans, on était complètement à fond, en train de sauter ! On se faisait même mettre dehors à la sortie des concerts parce qu’on voulait pas partir, on attendait les artistes on voulait qu’ils reviennent sur scène. Et ça, c’est des méchants souvenirs, on était super jeunes. En plus, c’était il y a 10/15 ans, les artistes ont plus la même pêche aujourd’hui ! Les premiers concerts de U-Roy à Lyon, c’était énorme, on s’en rappelle comme si c’était hier !

Quel est votre style ? Plutôt Roots, Nuroots, Dancehall ? Le magasin est spécialisé Early Digital, cela reflète t il vos goûts personnels ?
En fait nous on est un peu spécialisé dans l’Early Digital au niveau personnel donc on voulait l’afficher un petit peu parce que au niveau du E.D en France, il y a beaucoup de recherches, beaucoup de demandes. On a su s’imposer un petit peu à l’ouverture, là on a un peu moins de trucs en stock. Après, on fait aussi pas mal de repress en Early Digital mais tout ce qui est press original on sait où trouver ça . Nous sommes très accrochés par ce mouvement là, donc on a une connaissance bien plus pointue dessus. Mais dans le magasin, on développe le projet un peu en fonction de la demande, c'est-à-dire qu'il y a différentes clientèles. En gros, notre spécialisation Early Digital, elle ne se passe pas trop dans le magasin mais plutôt par Internet. Des mans qui m’envoient des listes de disques qu’ils ne trouvent pas ou alors à 200$ sur Ebay et puis après on cherche de notre coté. Moi je checke directement aux États-Unis, en Jamaïque voir si il y a moyen de trouver ça. Je repars à New York dans 15 jours fouiller les caves ! Je monte avec ma platine à piles, ça fait bien rire les jamaïcains...
On arrive, on fait tous les labels, toutes les caves, on dépoussière les disques. Ce qu’on cherche avant tout c’est des press originals qui sont en train de moisir dans des caves. En gros, on les nettoie et on les ramène en France et de les push pour que les gens puissent avoir ça chez eux.

Un message à passer, quelque chose à ajouter ?
Big Up à tous les massives de Lyon, tous les massives français, tous les massives internationaux et push le fyaaaaa à Lyon ! Qu’on fasse de belles danses, que les soundsystems fleurissent et que ça bouge et qu’il y est un mouvement! En fait je suis de Lyon à l’origine même si depuis une dizaine d’années j’habite plus là, et je trouve qu'il n'y a pas vraiment d’unité dans le mouvement, que chacun bosse un peu dans son coin. Moi j’ai vraiment besoin que ça se soude, que les gens travaillent ensemble. Donc voilà, qu’il y est un mouvement, un possee, que les massives se soudent parce que quelque part, on a tous la même vibe, on est là pour le même truc !
C’est aussi pour ça qu’on est là, qu’on travaille nuit et jour en ce moment.
On a vraiment envie que ça bouge, que ça évolue parce qu'il y a réellement un potentiel à Lyon, c’est une grosse ville, il y a beaucoup de gens et beaucoup de gens qui kiffent ce son là. On aimerait aussi ramener l’aspect un peu plus culturel des soundsystems : des sounds dans la rue etc. On a plein de projets qu’on aimerait mettre en place, on essaie de voir avec la mairie certaines choses, et on lâchera pas le morceau parce que de toutes façons avec la mairie faut jamais lâcher le morceau...

---
Photos : skilla dog

Après seulement 3 mois d’existence Livity Reggae semble très bien engagé dans son parcours de disquaire. En effet, de nombreux projets ont germé dans la tête de nos néo disquaires : la mise en place d’un salon de thé dans l’arrière boutique, une salle de répète insonorisée (au bonheur des voisins) dans cette même arrière boutique et surtout une cabine d’enregistrement pour les dubplates. Voilà de quoi satisfaire tous les massives et sounds de Lyon.

No votes yet.
Please wait...