luciano

Luciano

Tout d'abord merci de me recevoir et de m'accorder de ton temps
Luciano: Bénédictions
Ma première question sera au sujet de ton nouvel album, "Jah Is My Navigator", que j'aime énormément d'ailleurs...
Cette combinaison avec Andrew Tosh a-t-elle une corrélation quelconque avec la tournée commune de 2006 et avez vous d'autres projets de collaboration ensemble ?
Luciano:
Oui tout à fait. En fait, c'est cette tournée qui a déclenché l'idée de faire un duo. Sur cette tournée, on a ressenti l'envie de faire quelque chose ensemble à la fin du show et, quand on a vu la réaction, la réponse du public, on a décidé de l'enregistrer sur disque et c'est comme ça que ce morceau est né. Tu sais je suis toujours prêt à ouvrir les bras et à embrasser mon frère et lui donner de la force de 1000 manières différentes, car tu vois depuis que son père est parti il est un peu celui qui doit se battre et s'accrocher pour maintenir vivant l'empire de son père. Alors tout ce que je peux faire pour consolider la chose... Tu sais le Grand Peter Tosh a été un de mes mentors en tant qu'esprit révolutionnaire dans la musique alors si je peux aider sa progéniture c'est un grand honneur pour moi !

Est-ce que l'album est exactement tel que tu le souhaitais ou la production t'as mis la pression vers telle ou telle direction ?
Luciano:
En fait, la plupart des morceaux ont été écrits par d'autres auteurs et Mr. Frazer les a invité à bord, et ce avec mon consentement. J'ai « autorisé » que ça se passe ainsi car j'ai fait tant d'albums que les gens savent ce que je pense! Ils connaissent mes vibrations, mon esprit, savent que je suis un révolutionnaire, mais c'est toujours bon de partager l'inspiration. Il y a plein de gens ici qui ont des tas d'idées et je serais ravi de partager. Il y aura toujours quelqu'un pour railler ! Tant d'auteurs sur un seul album ! Quoi qu'il en soit j'aime la qualité de ses chansons, les harmonies, le son. Je trouve que c'est une très belle production qui a été faite là par Mr. Dean Frazer.
Il faut aussi dire respect à Mr. Joel Chin de chez VP Records car dès que l'album a été fait et qu'il l'a reçu, il a fait des overdubs, il a remixé. C'est donc la combinaison d'efforts qui a porté ce disque, et bien sûr grâce à Jah pour l'inspiration de tout le monde. Le plus important sur cet album est que nous avons eu suffisamment d'inspiration. Le duo avec Miss Rachel Bradshwaw, une de mes anciennes choristes, est une belle chanson, une « love ballade » qui parle d'amour et de relations, et puis il y a "Sweet Jamaica" qui parle de la Jamaïque authentique et de sa réalité.

As tu un morceau favori sur cet album ?
Luciano:
Oui ! “Never Give Up” ! C'est ma préférée, oui “Never Give Up” ! C'est à propos de l'épopée de l'Homme et I&I doit faire que ça continue ! Il y a parfois des événements qui peuvent t'amener à penser qu'il faut abandonner, quand tu vois tous ces « youngsters » qui se comportent comme si ils n'en avaient rien à faire des traditions ni des règles, tu peux penser que tu perds ton temps mais en fait, il faut tout de même persévérer quoi qu'il en soit et ne pas se laisser influencer, tu vois ce que je veux dire ?

Dans « Sweet Jamaica », tu appelles à une Jamaïque propre, saine et paisible. Je sais que tu es actif avec le projet "Commitee For Community", ce programme existe-t-il toujours et quels en sont les projets ?
Luciano:
Oui, je participe toujours à ce projet et de temps en temps nous sommes appelés en tant qu'ambassadeurs de la paix pour dialoguer avec les jeunes dans les communautés et leur donner un discours fort, car parfois les jeunes ont juste besoin d'avoir quelqu'un à qui parler. Parfois ils viennent nous voir pour qu'on les accompagne rendre visite dans certaines écoles pour parler aux jeunes, etc.
Le processus est en marche et tant que nous seront vivants, nous continuerons de chanter, de parler et nous avons la volonté de faire progresser ce genre de chantier. Et même en voyageant à l'étranger, quand nous étions en Australie on nous a demandé d'aller dans des centres d'éducation surveillés (ndlr: sorte de maisons de redressement) ainsi que dans des prisons pour parler aux « youngsters ».
Que ce soit l'étranger ou non, on doit perpétuer ce genre d'actions. Selassie I !

Tu es déjà allé en Afrique, tu y as tourné... Quelle fut ta toute première sensation en touchant le sol africain ?
Luciano:
La toute première fois ce fut au Sénégal quand j'ai été invité par Baaba Mal, j'avais fais un duo avec le frère Baaba Mal et l'accueil du public a été si agréable ! Après nous sommes allés en Gambie puis en Tanzanie ! Puis plus récemment l'Ethiopie, le Ghana et le Zimbabwe.
Le voyage au Ghana était avec John Legend et l'accueil des gens a été bien au delà de ce que l'on attendait. Ils ont dû me trouver une douzaine de gardes du corps pour me protéger, les gens étaient si excités ! Ils se ruaient sur moi et John Legend a dû se rendre à l'évidence que le message du Reggae était en Afrique plus fort que celui du Rn'B !

Pour moi, et c'est un avis très personnel, je pense que les esclaves amenés en Jamaïque étaient originaires du Ghana, quelques indices de vocabulaire et le faciès des gens... Donc ça ne m'étonne pas qu'il y ait des réactions spéciales au Ghana...
Luciano:
Et je suis sûr que tu as raison ! Et la plupart des fruits qu'il y a en Jamaïque, on les trouve également au Ghana et c'est vrai que j'y ai croisé pleins de gens qui ressemblent à des gens que je connais ! Parmi toute la partie Ouest de l'Afrique je pense aussi que le Ghana fut la majeure source d'esclaves pour la Jamaïque, je le crois vraiment ! Peut-être aussi la Côte d'Ivoire.

Tu penses physiquement t'y poser et y vivre ?
Luciano:
Oui ! Je suis allé en Ethiopie 4 fois rien que l'année dernière et nous sommes également allés au Zimbabwe, au Ghana et maintenant nous espérons aller au Kenya. Quoi qu'il en soit, il faut que l'on retourne régulièrement en Ethiopie car nous avons monté un business là-bas qui s'appelle "Jah Messenger" et en septembre prochain on y retourne. C'est bien pour y établir des fondations solides que j'ai monté "Jah Messenger " là-bas !

Les africains aiment le Reggae mais comment considèrent ils le mouvement rasta ?
Luciano:
Rasta c'est un mouvement mais le Reggae en fait entièrement partie ! Au fil du temps, il n'y a que la vague Dancehall qui change les traditions du Reggae, mais le Reggae, à travers les âges a toujours été une musique de protestation, une musique de révolutionnaires avec les œuvres du frère Bob Marley ou du frère Peter Tosh, Bunny Wailer, Burning Spear, tous ces grands ! Ce sont les frères qui ont bâti les fondations et préparé le chemin.
Bob Marley a œuvré instrumentalement avec "Zimbabwe", la lutte pour l'émancipation, etc. Et le Reggae c'est toujours ça aujourd'hui, une lutte résistante pour défendre les pauvres et les nécessiteux. Donc, moi, en tant que rasta je dois défendre ça car il y a trop de gens qui veulent amalgamer Reggae et Dancehall, mais le Reggae est une tradition ! Il est important pour nous de réaliser la vision de nos ancêtres, ceux qui ont rêvé d'une terre promise. Bob Marley, Dennis Brown et arrêter de sombrer dans Babylone. Il faut essayer de créer de nouvelles frontières et de nouveaux horizons et accomplir certaines missions maintenant !

Il y a-t-il des artistes dont tu aimerais chanter les textes ou bien un artiste pour lequel tu aimerais écrire ?
Luciano:
Honnêtement, voilà comment je vois les choses: n'importe quel artiste « cultural » qui voudrait partager l'inspiration avec moi, je suis plus que partant ! Et je pourrais écrire pour des frères. Il se trouve que je rencontre des gens qui ont déjà leurs inspirations, ils font couler leur propre rivière avec leur propre inspiration et donc il n'y a là aucun besoin. Par contre, c'est plus histoire de partager nos inspirations et je trouve que j'ai quantité d'inspirations ! Comme ce matin : j'étais en train de chanter dans mon rêve et je me suis réveillé avec cette chanson dans la tête ! Et ça, je pourrais aller direct en studio et l'enregistrer mais je me suis rendu compte que l'esprit humain a la capacité d'être connecté à l'esprit du grand maître. Si nous nettoyions nos esprits de tous les problèmes, nous pourrions être plus accordés avec le cosmique, tu vois, avec l'entière propriété intellectuelle de Jah, ouais !
Ceci dit, je considère Stevie Wonder comme un de mes grands mentors, même si je parle beaucoup des frères Bob Marley, Dennis Brown , Jimmy Cliff et Burning Spear, de tous ces grands. Le frère Stevie Wonder a toujours été pour moi un grand auteur et je sais qu'il pourrait écrire un morceau pour moi... Et ce serait plus qu'un vœu tu sais...

Demande lui !
Luciano:
Et oui ! Je vais le faire ! J'ai des liens proches avec lui... On va travailler là-dessus !

As tu des enfants ?
Luciano:
Oui, j'ai 3 princesses et 4 princes.

Comment protèges tu tes filles de ce qu'elles peuvent entendre à la radio, de l'image que la société donne des filles par les clips et les textes de certains artistes Dancehall assez « hardcore » omniprésents dans les médias jamaïcains ?
Luciano:
En fait, ces paroles-là sont dangereuses pour tout le monde, pas seulement pour les jeunes filles. Ça chamboule la façon dont les garçons « dealent » avec les filles et vice-versa. Ce genre d'images colportées par la radio, par une manière de vivre, à la télé et autres va forcément blesser la communauté entière, ça va affecter la manière dont les garçons abordent les filles, la manière dont les filles vont gérer leur vie. Je pense que tous ceux qui ont des comportements qui tendent à dégrader la femme, auront à le payer amèrement un jour.
Ce que je fais c'est que j'encourage mes enfants à aller dans le droit chemin! Par exemple, ma princesse Nefertiti qui est l'ainée de mes princesses, j'essaye de prendre le temps de m'asseoir et de lui parler même de son style vestimentaire, je leur dit, à elle et sa mère: « n'achetez rien de trop court , ni des jeans trop moulants ».
Ce que tu fais chez toi est très important tu sais, car de toute façon l'environnement est et sera toujours corrompu ! J'ai grandi dans un environnement où il y a toujours eut des coups de feu et des gens impliqués dans des histoires de drogue, d'armes, des trucs comme ça, mais comme mon père m'a instauré des principes, je ne suis pas laissé embrigadé.
Ce que tu enseignes à tes enfants est très important car tu ne peux pas du tout échapper à ton environnement. Tu dois les nourrir de bonnes nourritures et qu'ils comprennent, pour que, même à l'école, aucun enseignant ne puisse les forcer à manger du poulet, « Papa a dit non ! ». Il suffit de les élever de la manière que tu sais être la bonne et de les confier à Dieu tout puissant en espérant qu'ils adhèrent à ce que tu leur a appris car, au final, on ne peut pas être présent à chacun des pas de leur vie. Le mieux que l'on puisse faire, c'est leur inculquer des valeurs que plus tard ils estimeront.

Oui et de leur fournir un environnement familial !
Luciano:
Ah oui ! Les valeurs de la famille s'apprennent à la maison. Même à l'école, ils sont entourés de gosses qui n'ont aucun suivi chez eux. Donc faut vraiment être derrière eux, leur enseigner la discipline, des principes et espérant qu'ils parviennent à rester debout au milieu de cette foule toujours plus folle.

Tu accordes beaucoup d'importance aux textes conscients et spirituels...
Luciano:
Absolument !

Mais partages tu la scène avec des artistes Dancehall « hardcore » ?
Luciano:
Depuis jeune, je n'aime pas certains artistes dont les bouches ne profèrent que des insanités ! Dans la mesure du possible, je prête attention au « line up ». Et pour en revenir aux enfants, je fouille leur cartable parfois ! Et je me rappelle une fois avoir trouvé dans le sac de mon fils aîné, Negus, un disque de Dancehall. Je lui ai demandé ce que c'était et je lui ai expliqué ô combien j'essayais de lui apprendre des bonnes choses et que ce disque ne lui apprendrait que du mauvais. Pas de ça sous mon toit ! Si c'est son choix il le fera plus tard et pour lui montrer combien j'étais sérieux, j'ai cassé le disque sous ses yeux ! Je ne l'ai pas frappé mais j'ai éclaté le CD en morceaux !
J'espère que ça l'aidera à réaliser que papa ne plaisante pas, qu'il doit encore rendre des comptes à son père ! Tu peux te cacher de ton père mais tu ne peux pas te cacher de Dieu.
Les principes que je leur inculque n'ont rien de nouveau, rien de barbare. Ce sont juste les principes avec lesquels j'ai grandi. Certains disent que je suis vieux-jeu mais c'est pour le meilleur : leur futur !

Tu es donc très impliqué dans l'éducation de tes enfants...
Luciano:
Et comment ! Je m'assure d'aller à l'école régulièrement, rencontrer les enseignants pour savoir comment ils se comportent. J'essaye d'être impliqué, de prendre part aux rencontres parents/profs.
Dès que je ne suis pas en tournée, j'essaye d'être impliqué dans leurs vies car c'est le seul moyen de garder un œil sur eux. J'aime mes enfants ! Tu vois, mes mômes me donnent plus de satisfaction que la terre entière.

Tu joues toujours de la guitare ?
Luciano:
Oui, je ne quitte pas ma guitare même si là tout de suite elle est dans le bus. Normalement, elle est dans ma chambre.

Tu apprends la guitare à tes enfants ?
Luciano:
Je leur apprends quelques instruments oui, comme la batterie, car certains n'aiment pas particulièrement la guitare. Tu vois, Negus lui, il aime la batterie. Menelik, c'est le clavier. Ils ont leurs goûts, donc je les aide quelle que soit la direction qu'ils choisissent. Certains chantent, d'autres se sentent plutôt DJ's. L'un se sent poète, l'autre veut écrire un livre.
Alors je les observe pour essayer d'évaluer ce qu'ils ont dans le crâne et je les encourage, je n'ai pas l'intention de cloîtrer leurs esprits créatifs.

C'est d'ailleurs ton père qui t'avait initié à la guitare, non ?
Luciano:
Mon père m'a fabriqué une guitare ! Il était menuisier et il m'a fabriqué ma toute première guitare et j'ai toujours dit qu'il fallait que je bichonne cette guitare mais malheureusement il n'a pas eu le temps de m'apprendre grand chose car je n'avais que 11 ans quand il est décédé. J'ai donc dû apprendre la plupart des accords seul. Je n'ai jamais fréquenté d'école de musique car je ne supportais pas le solfège et toutes ces écritures, j'ai donc fait ça à l'instinct, naturellement.

Est-ce que tu composes avec ta guitare ?
Luciano:
Oui, je compose beaucoup avec ma guitare. La plupart de mes grandes chansons ont été composées sur ma guitare. C'est une magnifique aide pour les compositeurs et les auteurs.

Ma dernière question sera à propos de Bob Marley. Quel est ton sentiment sur le fait que Bob Marley ne soit toujours pas officiellement un héros national ?
Luciano:
Vas-y ! Il EST un héros national ! Alors qu'il le soit officiellement, annoncé comme tel ou pas, que Babylone aille au diable !
Je n'ai besoin de personne pour me dire qui est ou non un héros. Le frère Bob Marley est un héros et Marcus Garvey est mon héros et si tu regarde bien ils ont donné à Marcus Garvey le statut officiel de héros et tout le respect que ça leur inspire c'est de l'avoir mis sur les pièces de 5cts. Mickael Manley, ils l'ont mis sur les billets de 1000 dollars ! Fi ! Babylone nous brade alors je ne veux de rien de Babylone pour l'instant !

Merci pour cette interview et pour ton accueil !
Luciano:
Merci à toi Empress. Tu es toujours la bienvenue !

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