Manjul001

Manjul - Part. #2

Première partie de l'interview

Tu viens d’évoquer La Réunion. Peux tu nous parler de cette expérience qui correspond en fait à tes débuts musicaux, enfin c’est là qu’en France on t’a découvert avec notamment "Nou Lé Sak Nou Fé"...
Manjul:
Voilà oui, c’est ça et avec "Indian Ocean In Dub" d’abord qui était une compilation de plein de Dubs de différents artistes qui avaient enregistré avec moi à La Réunion. La Réunion, dans la vie c’était un cheminement très important parce qu’une partie de ma famille venait de là bas et d’autre part il y avait Baco qui m’a beaucoup apporté parce que moi les premiers pieds que j’ai mis dans un studio c’est chez Baco, à l’époque j’étais là chez ma mère à Paris, à 13-14 ans. Mon moyen, entre autres, de... je sais pas, trouver une activité ou quelque chose qui me plaisait et qui offrait des relations et des rencontres, c’était à travers l’herbe, vendre l’herbe en fait un petit peu. Et c’est ça qui m’a amené dans des studios de musique en fait, chez Baco notamment parce qu’il y avait tout le temps des musiciens, c’était un lieu où il fallait être de toute façon et puis moi j’y allais et puis j’y restais. C'est-à-dire que parfois j’y allais même quand on faisait pas appel à moi pour une raison et je restais là 7 heures, 8 heures, 9 heures de temps, jusqu’à ce que ma mère s’inquiète tu vois. Donc c’est lui qui m’a fait découvrir ça involontairement mais c’est aussi lui à un moment donné où il a des problèmes de sous et de santé en même temps, il a du se séparer de son matos qu’il avait à l’époque et il m’a donné les machines, les premières machines qui m’ont permis de travailler plus sérieusement. Parce qu’à l’époque je faisais du bidouillage avec des postes, différents postes, play enregistrement (rires). Et donc à tous ces niveaux c’était un peu décisif ma rencontre avec lui, c’est ça qui a déterminé le fait – moi je voulais aller en Afrique, j’avais déjà rencontré ma femme mais je sentais pas que c’était le moment et elle non plus pour d’autres raisons – donc voilà l’Océan Indien ça a été comme ça. Etant donné la grande, j’aime pas m’étaler la dessus, mais étant donné la grande séparation qu’il y a entre la partie française de ma famille et à La Réunion, je voulais pas non plus... je voulais être indépendant et on avait pas les moyens d’arriver à La Réunion et de se mettre indépendant dans la vie de tous les jours, payer un loyer et tout ça donc on est parti à Mayotte d’abord d’où vient Baco. Donc voilà un peu les signes qui m’ont fait arriver là bas après ça, à Mayotte, j’avais le matériel que j’avais amené avec moi mais il était pas monté parce qu’on vivait dans la forêt sans électricité, c’était une expérience de vie pendant 3 ans donc là on jouait beaucoup en live ou on allait répéter en ville, on faisait 20 km de « taxi brousse » pour aller répéter. Et ça c’était une grande expérience mais à un moment donné moi j’ai voulu – c’est là que mon premier fils est né - ça c’était une grande expérience mais à un moment donné il fallait faire un choix pour la musique, Baco lui avait quitté Paris pour La Réunion entre temps et il m’appelait des fois pour aller faire des concerts à La Réunion. C’est là que j’ai vu qu’à La Réunion il y avait plus d’activité musicale en fait par rapport au Reggae et tout ça et c’était plus proche entre guillemets de la France pour pouvoir faire des allers et venues, enfin différentes choses qui ont fait qu’on a quitté Mayotte au bout de 3 ans pour rejoindre La Réunion - là on est resté plusieurs années : Humble Ark, le studio, différentes choses - et aussi pourquoi, parce qu’à Mayotte si t’es dans la brousse t’as pas d’électricité. A La Réunion tu peux être dans les hauteurs, dans la montagne et avoir l’électricité, c’est ça aussi qui m’a beaucoup conforté à partir à La Réunion parce que Mayotte c’était trop de sacrifices si tu veux, les choses avançaient pas et c’était difficile. Bon maintenant La Réunion, toutes les rencontres, tous les frères avec qui j’ai travaillé, c’est toujours enrichissant comme toutes les rencontres, ça l’a été pour eux et pour moi. Par contre ce qui est vraiment encore plus fort aujourd’hui c’est qu’avant d’avoir mis les pieds en Afrique, à La Réunion j’étais toujours dans une quête moi aussi - je le suis toujours aujourd’hui, je crois qu’on le sera toujours - mais j’étais vraiment dans une quête sans savoir vraiment du tout certaines choses si tu veux, c’était difficile par exemple d’être à La Réunion et d’aspirer à regarder vers l’Afrique quand toi-même tu as pas vu l’Afrique, tu n’as que senti mais senti c’est connaître sans doute mais ça suffit pas, tu comprends, pour aller le faire ressentir à d’autres encore, toi peut être tu peux sentir ça sans connaître mais pas pour faire ressentir un peu aux autres. Bon moi je continue à y aller régulièrement, quand j’ai quitté La Réunion pour aller au Mali non seulement eux viennent au Mali, ils nous envoient des bandes pour moi à mixer au Mali, moi je retourne souvent à La Réunion. Et là le travail a pris encore plus de force, plus de force que quand j’y vivais, parce que là vraiment ensemble on peut faire un travail aux niveaux des médias, au niveau de l’île, pour vraiment essayer d’influencer la jeunesse à chercher des solutions et à... s’identifier aux personnages, j’en ai pas parler tout à l’heure mais c’est ça aussi tous ces gens d’Afrique qu’on a pas connu tu vois, tous ces grands personnages qui sont des personnages politiques, historiques, liés à leur pays ou liés aux sciences ou à certaines inventions et tout ça, c’est ça qui est très important aussi. C’est un tas de choses. Moi je connaissais pas Cheikh Anta Diop. J’avais jamais étudié ces gens là. Je connaissais pas Soundiata Keïta, je connaissais pas plein de choses et le fait d’aller en Afrique, c’est là que je l’ai appris, c’est là que je l’ai connu. Et je sais qu’il y a plein de gens à La Réunion qui ont besoin de choses pour s’identifier, ils ont besoin de choses pour suivre, tu vois, d’exemples à suivre. Que ce soit même à l’école tu vois. Et c’est ça que je reproche beaucoup et ça encore c’est pas une révolution que j’amène mais c’est un complément à partir de mon vécu pour conforter l’idée qui est que trop de choses ont été cachées pour empêcher le peuple de se révolter alors que c’est parce qu’elles ont été cachées que le peuple il se révolte à un moment donné. Mais quand elles sont révélées, là c’est une libération tu comprends, donc la révolte elle s’extériorise pas pareil. Et je pense à des gens même issus de la diaspora africaine que j’ai connu en Afrique seulement comme... je sais pas l’exemple du Martiniquais qui a inventé la fission nucléaire, le filament de la lampe... Toutes ces inventions, tous ces gens, tous ces scientifiques et intellectuels dont on a jamais entendu parler et qui motivent, c’est ça qui motive les gens à apprendre, à avancer. Tous sur la terre, on a eu besoin de ça, d’exemples, d’inspirations quelle qu’elles soient, la musique. Tout artiste, toute personne sait qu’elle est inspirée et elle inspire c’est une auto influence qui fait avancer la terre tu vois. Et c’est, voilà ce qui a renforcé les travail avec les frères à La Réunion, c’est ça, c’est que, ça devient d’autant plus ressenti tu vois le travail. Et là-bas c’est vraiment important parce que tout le monde est tourné vers l’Europe et vers une idée de l’Europe c'est-à-dire vers un décor, une image en plus qui est encore plus faussée de la métropole donc c’est droit vers le mur. Et sans aucun recours, tu vois l’île est petite, y a pas de retour en arrière tu vois. Il y a pas le retour en arrière qui est possible des fois chez un jeune à Lyon, à Marseille ou en France parce qu’à un moment donné il va pas pouvoir tu vois. Voilà donc c’est un travail qui continue en fait cet album. Ça parait très... je crois qu’a priori, ça parait très expérimental et très, comment dire, pas farfelu mais très original en fait.

C’est nouveau...
Manjul:
Voilà. Mais en fin de compte c’est ancien. Enfin, comment dire c’est cette mystique des temps et des lieux qui fait qu’à un moment donné les choses c’est... je crois que si c’est aussi unanimement bien accepté par les gens, c’est ce que je constate, c’est parce qu’il y a un côté naturel là dedans, tout en étant nouveau, il y a un côté qui était là. Et c’est pour ça que j’aime beaucoup employer ce terme de confluence par rapport à l’album plus que d’expérimentation ou autre même si c’est ça. La recherche c’est toujours une expérimentation, le travail. Mais c’est vraiment une confluence dans le sens que je ne pense pas apporter quelque chose de nouveau, même si ça se matérialise d’une manière nouvelle je pense que c’est une continuation, c’est un travail, c’est tout simplement mon témoignage dans le mouvement culturel rastafari, mon témoignage pour conforter des idées qu’on a, qui nous permettent de rester confiants mais des fois qui suffisent pas sans confort véritable à vraiment, tu vois, à aller chercher. C’est pour ça que je parle d’énergie vraiment.

Donc tu es né à Paris...
Manjul:
Oui je suis né à Barbes je suis né à... l’ex hôpital Bichat qui était l’hôpital Bretonneau. Pas l’hôpital Bichat pardon. L’hôpital Ephémère. Je sais pas si vous l’avez connu à un moment donné il y avait un squat, un lieu de soundsystem et autres graff etc. C’était une ex clinique en fait et c’était la clinique Bretonneau, c’est là que je suis né. Donc dans le 18ème. J’ai rejoint après en fin d’adolescence l’Océan Indien.

Et donc maintenant tu es au Mali. C’est la fin du voyage pour toi ?
Manjul:
Du voyage ? Non, enfin ça dépend de quel voyage tu parles (rires). Si c’est la fin du voyage ça veut dire que j’ai fini de... non j’ai pas fini de vouloir découvrir. C’est en tout cas... quelque part la boucle est bouclée au niveau familial, mais après ça je pense que je peux aller ailleurs encore mais c’est vrai que c’est au Mali que j’installe une fondation, j’ai cherché vraiment à installer une fondation et là je resterai toujours au Mali. Quelque part c’est la fin du voyage oui maintenant je comprend ta question !

C’est là où t’as planté ta graine et tu poseras tes branches un peu partout...
Manjul:
Oui je pense. Tout en continuant à travailler ici parce que j’aime partout et que partout où Jah a mis la vie je pense qu’il y a un travail à faire et… je pense toujours qu’à travers toutes les formes que Jah a voulu très différentes, je pense qu’il y a un fond et ce fond là, je reste persuadé que c’est à travers les oreilles et dans les organes qu’il y a quelque chose de commun, il y a un fond commun. Dans toutes ces formes différentes, il y a un fond commun.
Partout où il y a la vie, moi j’aime, je trouve qu’il y a un sens à y être enfin je veux dire qu’il y a quelque chose à y faire tant qu’il y a un sens à y être, c’est vrai que je fais parti de ceux qui aiment pas trop aller quelque part mais même à côté si j’ai pas une raison familiale ou liée à la musique. Quelque chose de précis quoi. En fait, je ne me sentirai pas protégé, je ne me sentirai pas dans la bénédiction si je suis quelque part sans raison. Donc je pense que partout où il y a une raison, partout où il y a quelque chose à faire surtout, il y a un sens à y être et c’est bon d’y être.
Donc la France toujours, La Réunion toujours et partout ailleurs si ça plait à Dieu, moi ça me plaira. C’est vrai que là j’arrive un moment donné où j’ai plutôt envie de me sédentariser surtout pour le bien de ma musique et de tous ceux avec qui je travaille parce que j’ai fait ce choix de travailler avec beaucoup de monde donc la responsabilité elle est là. C’est qu’à un moment donné il faut se poser pour qu’on puisse avancer tous et que je pense aussi qu’il y a une boucle qui est bouclée.

Et donc à travers tous ces voyages, tu as pu voir différentes cultures, différents peuples...
Manjul:
ça m’a permis de discerner le fond de la forme et de retrouver tous les esprits et tous les démons sous des formes différentes à des moments différents. En fait, ça m’a permis de prendre du recul et de me sentir vraiment venant de la Création et ouais je suis très content parce que j’ai vu les familiarités entre les gens de la Terre à travers différentes cultures surtout à La Réunion, l’Ile Maurice avec des portes vers la Chine, les Arabes, l’Inde et tout ça est là, toutes ces cultures sont là. Et le Mali aussi c’est beaucoup de pays d’Afrique différents qui sont là, la France aussi c’est beaucoup de pays d’Europe qui sont là, le 18ème là où j’ai grandit, donc à chaque fois il y a toujours eu ce cosmopolitisme autour de moi il y a toujours eu ça. Et je suis content, voyager ça m’a fait réaliser, peut être qu’en restant là, je serais tombé dans une ghettoïsation, mais je sais que d’avoir voyager ça m’a fait remarquer ça: la familiarité dans la Création. J’ai bien pu me rendre compte que les gens sont tous fait d’une même main. Ça c’est très fort, c’est déjà très fort parce que le penser, l’espérer c’est quelque chose, s’en rendre compte, c’est encore plus, ça donne plus de potentiel d’amour, de construction...

Quel est le regard des gens vis-à-vis de rasta et du Reggae ?
Manjul:
Ça aussi, ça a été un travail. Je pense que ça fait partie aussi de mes responsabilités. Mais c’est vrai que le fait que j’aille du côté de l’Océan Indien, c’était pas comme aller aux Caraïbes par exemple. Dans ce sens là, ça me demandait beaucoup d’humilité parce que j’ai pas cherché à imaginer ou à improviser ma vision de rasta – bien que je ne le reproche pas à ceux qui le font – moi j’ai pas cherché ça, j’ai toujours été persuadé de pas être conscient de tout le code et de certaines pratiques, de certaines choses donc ça me demandait de l’humilité parce que dans des lieux où j’avais le rôle, avec les quelques frères qui étaient là comme à Mayotte par exemple où on été cinq ou six rastas au moment où je suis arrivé, y avait un rôle de conquérir pour rasta en même temps, en étant toujours dans une recherche. Ca ça m’a peut être aidé à rester, tout en étant assez exigeant sur ce que je trouvais et ce que je voulais rechercher, ça m’a aidé à rester très ouvert et très humble quant aux autres mais ça à chaque fois été une mission. A Mayotte, d’abord parce que quand on est arrivé c’était vraiment très très très mal vu parce que très méconnu tout simplement. Y avait vraiment la peur, les gens avaient peur de rasta, certains crachaient même à terre, c’étaient vraiment des réactions très spéciales. De toute façon, c’est toujours en montrant l’exemple moi j’ai vu ça dans la Bible ça m’a réconforté il y a plusieurs années, c’est que finalement notre rôle c’est d’être un exemple parmi les autres et c’est à nous de façonner cet exemple là quant à ce qu’on veut extérioriser. A Mayotte, c’était une bonne chose, en plus de ça quand on s’est installé, on s’est installé dans un coin de forêt où c’était habité par les djinns, les mauvais esprits, et quand on arrivait là bas, les gens nous reprochaient même d’y aller avec notre petit enfant. Et finalement on a nettoyé l’endroit, on a chassé les démons et les gens du village revenaient, passaient par là et tout, c’était une réussite, Mayotte c’est tout petit tu sais. Ça c’était un exemple parmi d’autres qui ont permis de réhabiliter un peu rasta tu vois, on connaît pas Selassié mais si c’est à l’Est de l’Afrique, c’est plus proche de l’Afrique que La Réunion, les gens connaissent pas Selassié... La nouvelle s’est très peu répandue dans cette île donc à l’époque c’était vraiment très méconnu, à La Réunion c’est différent il y a beaucoup de rastas, à chaque fois que rasta s’est réuni en communauté, c’est l’herbe qui a fait tombé la communauté, question de business, question de… y a jamais eu assez de discipline et assez d’organisation à La Réunion. Bon, ça se reflétait dans la musique bien sûr parce que la musique c’est la vie et que je crois qu’à un moment donné il y a certains plans sur lesquels tu peux pas même si tu veux, tu peux pas te différencier trop de ta musique parce que c’est lié donc... c’était ce que c’était, c’était pas mal et pas assez organisé, pas assez structuré, pas assez discipliné et le noyau de frères qui était vraiment attaché au code rasta, ils étaient très radicaux, donc ils conviaient pas tout le monde à accéder au moins au lot de connaissance que eux avaient par rapport à ça. Pareil dans la période où j’y étais, pas du tout lié à moi ou seulement lié à moi mais, ça a été à chaque fois si tu veux mon rôle mais à chaque fois il y a des choses qui se sont passées par rapport à ça. Ça n’a jamais été dans l’autre sens, je suis toujours rentré dans un endroit ou rasta était soit mal vu soit imaginé seulement vis-à-vis du ganja par exemple comme à La Réunion où quand on voyait le rasta, tout le temps on voyait le ganja, au début ça te fait plaisir parce que tu te dis ouais les gens sont d’accord avec rasta mais après tu vois que c’est juste pour fumer. Au Mali tout le monde hait les rastas mais il y a 90% de ces gens qui ne fument pas, c’est pas pour le ganja c’est par rapport à Selassié, c’est par rapport à une idée qu’ils ont de celui qui se marginalise mais qui n’est pas sans foi ni loi, tu vois cette idée du marginal mais qui donne aux démunis dans le peuple une idée plus digne plus droite que les lois elles mêmes tu vois... les gens qui dirigent.

Tu es donc multi instrumentiste. Tu joues de tout : de la basse, clavier...
Manjul:
Basse-batterie, piano, orgue, clavinet enfin clavier ouais, percussions, accessoires... Quand je dis ça, même en vivant au Mali, je joue pas de djembé. Parce que pour moi jouer du djembé c’est connaître les rythmes traditionnels et tout. Je le joue pas moi. Je joue les percussions nyabingi et les accessoires liés au Reggae. J’ai joué un peu de congas et tout parce que j’ai fait une formation à La Réunion avec un Cubain mais sinon c’est vraiment percussions liées au Reggae. Background vocal et choeurs... mais sinon la guitare par exemple je joue les « skanks » et les « cocottes », souvent j’accompagne mes propres lignes de basse mais tout ce qui est lead guitar, ce sont des guitaristes qui font la plupart du temps. Je joue plusieurs instruments mais pas tous, loin de là.

Et à quand un album où tu seras en lead vocal ?
Manjul:
Un jour peut-être. Mais c’est une question de mission. Quand je compose, j’ai toujours ou une chanson ou un refrain mais je l’interprète pas parce que j’ai toujours ressenti que pour être fidèle il faut savoir où est ta place. Tu n’es qu’un homme et souvent tu peux ne plus être trop sincère ou ne plus être trop fidèle à toi-même sans le vouloir. Je me dis que le meilleur moyen de le rester, c’est de rester à ma place et pour l’instant je considère encore que je fais partie de ceux qui sont derrière c'est-à-dire qui sont dans la musique sans qui personne n’est devant. Je pense que je suis plus dans cette situation là, plutôt dans l’ombre. A l’image des moutons au Mali, celui qui reste caché, c’est celui qui vit longtemps (rires). Le jour du sacrifice on le trouve pas, il est caché dans les derrières. C’est celui qui mange moins aussi. Il vit longtemps parce qu’il ne grossit pas trop. Moi je m’identifie plutôt à ça. Par contre j’aide beaucoup de frères chanteurs à imposer leurs choses. C’est pas loin de moi. Et je chante tout le temps. Chaque sabbat dans les nyabingi je chante d’ailleurs très souvent, je suis en lead avec les frères là bas. Je pense aussi que c’est une grosse responsabilité le chant, les paroles, les textes. C’est pas le moment. J’ai quelques chansons qui sont déjà sorties. A La Réunion sur le premier volet "Indian Ocean In Dub", il y avait un titre comme ça où je chantais. D’ailleurs quand je suis ingénieur du son, quand je mixe, quand je dub – d’ailleurs entre guillemets c’est toujours en live quand je dub. Il n’y a pas d’automation, pas de prémix. Et quand je dub, je suis à nouveau instrumentiste dans le studio entre les auxiliaires d’effets et la console. Parce que tout l’agencement que tu fais dans la musique notamment quand tu dub, c’est rythmique et c’est mélodique aussi c’est la même position en fait, toujours musicien.
Donc un album chanté pas tout de suite, peut être un single bientôt, une version comme ça. Non et puis j’ai une famille aussi, je suis profondément family man aussi dans le sens où j’aime être très proche de ma famille et j’ai déjà trop de raisons de voyager tout le temps... et si en plus j’ai envie de défendre une carrière de chanteur. Parce que développer un album et essayer de le développer au plus grand nombre c’est un travail qui prend du temps qui va rajouter encore une raison de m’éloigner de la famille pour l’instant je préfère travailler avec les chanteurs. Moi-même en tant que musicien je suis souvent trop à faire plusieurs choses moi-même tu vois, si en plus je chante. Il y en a qui l’ont fait. Lenny Kravitz je crois il a fait un ou deux albums où il a tout joué et il a chanté et ses choeurs aussi (rires). Mais bon c’est pas mon but, moi j’aime travailler avec les gens. Je me dit que je suis musicien, c’est aussi un peu le principe de l’arche c’est de diffuser une vibe...

Merci bien. Si tu as un message à faire passer, profites en...
Manjul:
Ça y est. Le message il est là, il est dans l’album.

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Merci à Manjul pour sa disponibilité, Discograph pour leur coopération et à Kissamaya, Opus I et the root pour leur participation... Bless

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