Zenzile

Zenzile

Zenzile, c'est tout d'abord des musiciens venant de différents styles musicaux, comment êtes-vous venus à travailler ensemble ?
Raggy:
On était tous plus au moins dans des groupes angevins, on vient tous du même milieu, on se voyait de temps en temps. Quand ce projet là est arrivé, d'abord avec Matthieu, JC et Jaja, c'était plus un délire pour enregistrer des instrus, pour pouvoir ensuite les passer en version Dub directement de chez nous. Ensuite ça s'est vraiment formé en groupe à travers les scènes, en se rendant compte qu'il y avait un public pour ce genre de musique.

Et toi Raggy tu viens de quelle influence musicale ?
Raggy:
J'ai fait des choses assez différentes, de la Fusion, des choses plus Funk, et aussi du Reggae... Pas de style précis mais ce qui m'intéressait dans le projet Zenzile c'est de jouer une musique où il y avait de la place pour les instruments, mais pas forcément que de l'instrumental. Je voulais jouer quelque chose de dansant où il y a une communication avec le public.
Matthieu: Chose qui n'était pas évidente au début.
Raggy: Au départ non...

Et comment ressentez vous l'échange avec le public ?
Raggy:
Quand tu joues et que tu envoies quelque chose au public, il faut qu'il puisse s'y retrouver et te renvoyer quelque chose, c'est ce qui se passe avec Zenzile. Quand on joue, les gens reçoivent la musique, ça les fait bouger et voyager, et ils te renvoient ça à leur manière, et c'est ce qui nous donne envie de continuer.
Matthieu: En tant qu'instrumentiste, le Dub était intéressant car ça cognait plus que le reggae classique. Le problème c'est que l'on est tous fans mais c'est vraiment une musique Jamaïcaine et la plupart du temps, quand c'est joué par d'autres nations que les Jamaïcains ou les anglais (d'origine JA) ça reste toujours joué à leur manière et je trouve ça un peu réducteur. Alors que le Dub, même si c'est issu des mêmes racines, ça été aussi très élaboré par les Anglais et on peut ressentir une dimension internationale. C'est une musique qui rend compte de la vraie singularité des musiciens, c'est-à-dire, qu'ils ne sont pas obligés de se plier à un exercice de style comme dans le Reggae où il y a certains codes qu'il faut un minimum respecter. Ca ne veut pas dire que le Dub tu ne peux pas passer la pulsation Reggae mais c'est plus large, tu peux le faire sonner Rock, Tzigane et tu peux aussi y mettre de la voix...
Raggy: De toute façon, au départ, c'est une musique d'expérimentation donc à partir de là, tu peux avoir une totale liberté.
Matthieu: Pour moi, un des groupes à être précurseur c'est U Sound d'Adrien Sherwood, c'est un des premiers morceaux où l'on avait entendu de la "Disto" sur une rythmique Reggae, et on peut dire que ça m'a toujours secoué !

Depuis "Sachem In Salem", et votre future production "Modus Vivendi", on peut ressentir une certaine fusion des styles et expérimentations, Zenzile est en perpétuelle évolution ?
Raggy:
En fait, on a pris le Dub comme un procédé, comme un espèce de filtre qui nous permet de passer toutes nos influences et envies sans ce bloquer à certaines formules ou codes du Reggae. Même si on va jouer un morceau Rock, on va le passer à travers le prisme du Dub, ses techniques de productions, certains styles d'effets mais en gardant le duo Basse-Batterie bien présent, car c'est pour nous la colonne vertébrale de notre musique.
C'est pour ça que d'un disque à l'autre nous n'avons pas envie de refaire quelque chose que l'on a déjà fait et on préfère à la limite changer de style, prendre un morceau de style différent et le passer à notre moulinette plutôt que de refaire un " stepper " ou un " one drop " déjà fait avant. Il est vrai que nos productions ont des influences Jamaïcaines mais tout en gardant notre personnalité, en piochant dans nos sources.
On est du genre à penser que le style de musique que tu écoutes, il convient au moment où tu l'écoutes, tu n'es pas marié avec un style, il y a de très bonnes choses partout.

Dans vos productions, vous avez joué la carte des invités vocaux et instrumentalistes, Jamika, Vincent Segal et Sir Jean (Mei Tei Sho), comment sont ils venus à travailler avec vous ?
Raggy:
Dans nos productions 5+1, il est vrai que c'est souvent des rencontres qui ont été faites sur la route, leurs personnalités font qu'on a envie de les inviter. Depuis Sachem in Salem, on a des invités, il y a des voix, de l'accordéon, du violon, les chanteuses de Lo'Jo…
Cela nous permet d'enrichir notre son en pouvant enlever ou rajouter des instrumentistes ou voix. C'est aussi des rencontres humaines, Jamika par exemple, on l'a rencontrée en 1998, on avait fait 2 dates à Londres, on a bien accroché ensemble et on l'a ensuite réinvitée à faire des dates avec nous et ensuite enregistrer. C'est pareil pour Jean Gomi, on l'a rencontré sur la route... C'est vraiment des personnes qui nous parlent musicalement mais aussi humainement car on a pas envie de relations seulement pour le business.
Matthieu: Dès que le feeling passe, il n'y a aucun problème. On n'a pas trop de critères mais bon on n'accepterait pas un featuring avec un artiste qui a des paroles sexistes, homophobes, racistes, etc. Personnellement, on n'est pas Rasta, mais on respecte le mouvement, mais nous à Angers, on est un peu loin de tout ça. Je pense que c'est aussi un besoin, c'est sûr que si on était sorti du ghetto, on aurait peut être été plus influencé mais je pense que l'expérience personnelle joue beaucoup. Après on ne va pas se faire passer pour ce que l'on n'est pas, on est 5 athés.

Pour revenir à Zenzile, depuis le début vous produisez vos albums sur support CD et vinyl. C'était plutôt osé ! A l'époque, vous avez ressenti une certaine demande en France ?
Raggy:
Je ne pense pas qu'il y ait vraiment une demande, il y a un circuit de fans de vinyles, aussi bien en Techno qu'en Reggae, dans tous les styles qui peuvent se mixer. Chez nous, il y a des fans de vinyles et pour nous ça allait de pair avec notre musique. Après c'est une chose que nous avons fait à perte sur notre premier disque, c'est-à-dire que le format CD nous aidait à finir de financer le vinyle. C'est vraiment un souhait de notre part, quand on en a parlé à notre maison de disques, ils ont commencé à s'arracher les cheveux, il n'y avait pas d'argent à se faire.
Matthieu: Pour nous, notre musique, on la voulait sur le support que l'on préfère, c'est-à-dire le vinyl !
Raggy: Les gens sont, je pense, très réceptifs et respectueux envers ce support. C'est grâce à des personnes qui sont restés collées aux vinyles, qui n'ont pas voulu en démordre qu'il est encore présent aujourd'hui. Quand tu vois l'industrie du son qui a voulu te refourguer du CD, un support tout pourri, qui n'a pas de gueule et une durée de vie limitée…
Matthieu: Ils ont surtout fait croire à tout le monde que cela allait faire baisser le prix, alors que celui-ci n'a jamais baissé et n'a fait qu'augmenter (rires)... C'est toujours la même histoire !

La formation Zenzile Sound, c'est aussi une de vos activités annexes, est-ce que c'est pour vous une manière de retourner aux sources de la musique Jamaïcaine ?
Matthieu:
Ce n'est pas vraiment quelque chose à part, c'est un autre versant de Zenzile. Autant on est organique en Live, donc pas de bécanes, pas d'ordinateur, pas de sampler alors que là c'est du pure style à l'anglaise, à la stepper! Là-dessus on n'a rien inventé mais cela permet d'avoir une utilisation plus légère, on n'embarque pas tout le matos...
C'est une manière de pouvoir tester nos riddims, on les a fait comme ça, instrumentalement mais ils sont très bien lançables en version machine. En Live, on joue, on interprète nos morceaux et c'est l'ingénieur du son qui nous mixe même si on n'a pas mal de Dub en direct sur scène. Alors que là vraiment en Sound, tu as toutes les pistes et tu refais ton Dub et c'est toujours différent.
Raggy: C'est la continuité de notre musique. C'est quelque chose que l'on a commencé à faire dès le début du groupe, pas forcément dans le cadre de programmations, mais plus des soirées DJ où l'on passait des disques que l'on avait envie d'entendre, on s'installait dans les bars… C'était le kiffe de pouvoir passer du son. Je ne dirais pas soundsystem car on ne déplaçait pas de gros system de son mais c'était plus l'idée du sélecteur.
Matthieu: Renvoyer l'ascenseur à la musique Jamaïcaine, c'est vrai que c'est quand même l'un des buts, retourner à l'une de nos premières amours, le Reggae, peut être là où l'on n'était pas à 100% dans notre groupe car ça ne nous intéresse pas de faire que du Reggae.
Dans le groupe, on a tous une bonne collection de galettes, c'était aussi un moyen de les passer, tu les kiffes tout seul chez toi et puis un moment tu as envies de les faire partager, la prétention n'allait pas plus loin.
Avant tout un plaisir...
Matthieu: Vraiment !

En parlant de musiques jamaïcaines, vous travaillez régulièrement avec Irie Ites pour la réalisation de leur riddims, comment est née cette collaboration ?
Mathieu:
On se connaît depuis longtemps, moi, Irie Ites je les ai rencontré à leurs débuts, quand ils ont commencé. Ils étaient tellement motivés qu'ils se sont lancés dans l'import de 45 tours, ce qu'ils ont très bien fait. Ce qui, je pense, est l'une de leur principale activité viable aujourd'hui. Très vite, ils se sont lancés dans le fait d'aller chercher des artistes jamaïcains, chose que l'on n'avait pas fait, de faire enregistrer des dubplates. On a vite accroché car j'étais très intéressé par le fait de voir comment cela se déroulait, c'était peut-être le fait que l'on était assez en recul par rapport à tout ça, peut être aussi par manque de temps.
Le fait est qu'ils nous aient tout de suite branchés pour réaliser éventuellement des riddims. Quand nous enregistrons un album, nous avons toujours plein de morceaux que nous mettons de côté, pas parce qu'ils ne nous plaisent pas, mais parce qu'ils n'ont pas forcément leur place dans la setlist. Ce partenariat avec Irie Ites, c'est un très bon moyen pour donner vie à ces riddims. Par connexion, tu as la musique de Zenzile, Irie Ites se charge de trouver un toaster tels que Chezidek ou MacBean, moi je trouve le résultat très bon !
Après on essaye tout de même de s'occuper de la partie production, vu que c'est notre musique, j'ai envie qu'on la produise avec notre touche, au moins pour les Dubs. Mais on bosse avec eux. Quand on a enregistré le premier 10 pouces, avec Mac Bean, Chezidek et Lorenzo, on fait le mix en collaboration.
Raggy: Par cohérence avec notre univers, on écarte certains riddims qui sonnent un peu trop jamaïcains pour coller à quelque chose de plus ambiant, electro, mais on est toujours aussi fan de Reggae. Donc nous, ça nous permet d'avoir un album avec un univers cohérent, et que nos envies Reggae puissent sortir et exister.
Matthieu: Et c'est très bien! On s'en ai aperçu depuis longtemps, un disque, il faut que ça raconte une histoire, surtout quand c'est instrumental. Que ce ne soit pas une suite de titres…
On s'est souvent rendu compte que nos titres plus dirigés Reggae, ramenaient une note qui n'était pas du tout inintéressante, mais qui avait du mal à trouver sa place, car les autres morceaux était plutôt Ambiant ou Rock. Donc avec Irie Ites, c'est le meilleur support pour les sortir!
Raggy: En plus c'est joué en soundsystem...
Matthieu: On commence aussi à les réadapter sur scène en fonction de l'occasion.

Maintenant, nous allons parler de votre actualité avec une nouvelle production, "Modus Vivendi" qui sortira le 22 mars 2005, vous pouvez nous la présenter ?
Raggy:
Donc, c'est un album que l'on a enregistré en septembre dernier et que l'on a mixé en octobre - novembre. Avec ce disque, on a voulu avoir une approche différente de la production, on a voulu retrouver un son que l'on avait avant, notamment sur "Sachem In Salem" et que l'on a eut avec Jaja, l'ancien guitariste du groupe qui avait collaboré à la production du disque. Donc, on lui a proposé d'être producteur du disque alors qu'avant on travaillait avec Yann et Tanguy qui sont aussi nos ingénieurs du son en tournée. Du coup, il en ressort un certain son que l'on a recherché, il y a une évolution du style avec des morceaux peut-être un peu plus durs. Maintenant je pense que ça reste du Zenzile avec quelques avancées et pas mal d'ambiances différentes.

Il y a des featurings ?
Raggy:
Ce sont les featurings classiques de Zenzile : Jamika sur un morceau, Jean sur deux autres, Vincent Segal, Guy Raimbaud qui joue de l'accordéon et qui était sur "Sachem In Salem". C'est ce qu'on disait tout à l'heure : on a envie de travailler avec des gens qu'on apprécie plutôt que d'aller chercher la personne qui marche bien en ce moment et que l'on ne connaît ni d'Eve, ni d'Adam, où ça va être une histoire de gros sous. On a fait des choses différentes avec les personnes déjà présentes sur nos anciens albums, ce n'est pas de la redite de ce qui a déjà été fait.

Et "Modus Vivendi" regroupe combien de titres ?
Raggy:
Il y a 12 plages, dont 3 interludes pour une durée de 45 minutes.
Matthieu: C'est vrai que par rapport à la tendance à faire des choses un peu au poids, tu peux mettre jusqu'à 74 minutes de son. On n'est pas là pour faire 74 minutes de musique, si on les avait, pourquoi pas, mais on est surtout là pour faire quelque chose de cohérent et équilibré, c'est un voyage musical. On reconnaît tout à fait le son Zenzile mais je pense que le disque demande plusieurs écoutes avant de rentrer dedans et bien comprendre les différentes ficelles. Il est vrai que l'on n'a pas participé au mixage, donc on a eut vraiment une oreille très fraîche sur la version finale. Le danger c'est que cela aurait pu ne pas me plaire, en l'occurrence, j'ai été très surpris du bon résultat. J'ose espérer que ce sera la même chose pour les auditeurs en ayant entendu que notre but n'est pas de faire 2 fois de suite le même disque. Le processus du Dub c'est aussi ça, c'est de s'étonner soi-même et de ne pas s'enfermer dans une recette toute faite.
Je pense que c'est aussi la force de la scène dub française, c'est que chaque groupe creuse son sillon à sa manière et de façon bien différenciée.

On vous a proposé de travailler avec d'autres groupes de la scène française, comme certains l'on déjà fait ?
Raggy:
On a parlé de croiser des remixes avec Improvisators Dub et High Tone, on ne l'a pas encore fait mais c'est quelque chose de probable.
Matthieu: On a tous des agendas bien chargés et c'est vrai que si on le faisait, on aimerait le faire bien, pas faire quelque chose vite fait. Il faut du temps, ce n'est vraiment pas qu'on est feignant mais on préfère se consacrer à nos productions. On n'a pas trop de temps pour "les side projects". Comme tu l'as dit, on a Zenzile, mais aussi la version soundsystem et tout est toujours à creuser. Par contre, je pense, comme l'a dit Raggy, plus qu'un croisement de musiciens, comme l'a fait High Tone et Improvisators Dub, moi ce qui me brancherais c'est de remixer leurs morceaux et inversement. Mais il n'y a rien d'impossible que cela se passe dans un futur très proche.
Raggy: Je pense que l'on fait vraiment une musique différente, on est proche, mais tu as de quoi écouter tous les disques sans forcément retrouver quelque chose de redondant dans chacun. Ca commence vraiment à devenir une bonne scène.

Pour revenir à votre actualité, il y a une tournée suite à la sortie de l'album, comment s'organise-t-elle ?
Matthieu:
En gros, jusqu'à Juin on fait environ une cinquantaine de dates essentiellement en France avec quelques festivals. On reprendra aussi en octobre, ce qui va nous emmener jusqu'en gros fin 2005 avec quelques pays limitrophes. En gros 70 dates, ce qui est très bien pour promouvoir un album. Ce qu'on peut dire, c'est qu'il y aura Jamika sur quelques dates, peut-être Jean, peut-être Vincent Segal, où on pourra se croiser car ils ont aussi leurs groupes. Sur certaines dates, il y aura aussi du visuel, avec Lasco qui a aussi fait notre pochette. A la base, ce n'est pas pour nous une priorité, on l'avait un peu laissé de coté, même si la question s'était déjà posée.
Raggy: Il est vrai qu'on préférait tenir d'abord la scène par nous-même, sans forcément avoir recours à ce genre d'artifices.
Matthieu: Donc là, on l'a bossé pour qu'il en ressorte quelque chose d'équilibré. Comme dans le set il y a des versions plus posées, le complément d'images vient poétiser le concept. Par contre, sur les morceaux qui envoient plus, là notre énergie musicale suffira, donc on va essayer d'harmoniser les deux. Par contre, on ne pourra pas tourner toutes les dates avec le visuel, car c'est assez lourd techniquement.
Raggy: Ce qu'on a aussi oublier de préciser, c'est l'arrivé d'un 6ème membre dans Zenzile, en la personne de DJ Moon, un DJ qui provient du Hip-hop et qui vient pour se placer sur des morceaux avec des beats et des parties scratch. Il va, je pense, apporter une nouvelle dimension à la musique.
Matthieu: Le souci premier, c'est qu'il utilise notre matière musicale, donc on lui a fait graver des Dubplates avec des boucles de nos instrumentaux et des voix de personnes qui travaillent avec nous. Comme ça il peut retravailler notre matière en direct!

Un dernier mot pour les visiteurs de JAHSound.net ?
Matthieu:
Bon kiffe sur la toile ! Il ne faudra pas tarder à aller voir sur la toile le site de Zenzile, qui devra être remis à la page : www.zenzile.com.
De toute façon, chercher les infos sur le net, je pense que c'est un bon medium pour trouver de l'information non formatée et pour trouver la musique qui plaît à chacun. Et surtout, ne pas trop graver ! (rires).

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