dour 2

18th Dour Festival Part. #2 @ Dour (BE)

Samedi 15-07-2006
Dour - Belgique

Le soleil tape fort ce samedi sur notre tente, mais cela ne nous empêchera pas de faire une sieste. Fruit du hasard, je me réveille un peu avant les Congos. Rapidement nous atteignons le coin off du festival, mais nous ne pouvons plus rentrer comme la veille par "The Last Arena" où doivent se produire les Congos. D'ailleurs nous les entendons depuis quelques instants. Branle-bas de combat, nous passons par la scène métal; bizarre de voir des dreadlockés, des punks et des gothiques sous le même chapiteau... C'est ça aussi Dour, une mixité des populations festives rarement vue ailleurs. La "dernière arène" porte bien son nom car c'est le dernier échelon à gravir pour être en tête d'affiche, et aujourd'hui le Reggae sera l'apogée du festival. La place est déjà bien remplie mais nous parvenons sans souci à nous rapprocher de la scène. Peut-être le seul festival où tout le monde s'excuse quand on vous bouscule !

The Congos (18h05-19h)
Vite c'est "Congoman", damned ! Je n'aurai même pas le temps de passer par le parc presse pour prendre les consignes, j'en ai déjà trop loupé... Afin de me rattraper, je colle mes oreilles sur les caissons de médium au pied de la scène pour mitrailler les Congos. Message avec "Open Up The Gate" suivi de "Children Crying", j'ai peur. J'espère qu'ils ne font pas l'album mythique dans l'ordre sinon je vais être très malheureux d'avoir loupé "Fisherman". A gauche de Cedric Mython, déjà sautillant, se trouve le backing vocal dans lequel s'est mêlé Ashanti Roy qui a de l'énergie à revendre.
Les chansons sont courtes car d'un tempo plus rapide que sur "Heart Of The Congos", tirant ainsi les fréquences sur les aigus et perdant un peu de l'atmosphère Roots. "Youth Man" est l'occasion d'admirer la gamme vocale de Mython, qui n'en a rien perdu. Les voir de si près, avec leurs barbes blanches, rend tout chose. Dur de photographier quand votre corps ne peut s'empêcher d'onduler avec leurs feelings. Ils annoncent coup sur coup trois titres nouveaux qui doivent sans doute venir de "Feast", sorti en juin. L'ambiance est forcément un peu retombée, mais rien de méchant, le public sait à qui il a à faire : aux légendaires CONGOS ! Et eux sauront s'en rendre digne, notamment en entamant le merveilleux "Yoyo", léger et rafraîchissant par les voix, les percussions et les guitares, mais très solide par la basse - batterie - claviers. Ils se sentent très bien sous ce soleil de Belgique assommant, ça se voit, et nous offrent une version extended. Puis Watty Burnett se fait un peu plus entendre par sa voix de baryton, et aussitôt ça pull up pour en redemander. C’est le grandiose "Fisherman". Il est à la hauteur de mon espérance, voire plus, car le tempo accéléré le rajeunit. « Quaju Peg the collie-man sell the best collie in sea port town »; Cédric vient apporter plus d'amplification à Watty Burnett qui finira du coup cette anthologie avec Ashanti Roy.
Le public en veut encore, mais point de rappel, l'organisation ne rigole pas avec le timing. Dommage, mon corps en réclame constamment depuis.

Delroy Williams & the Aces joined by The Pioneers & Dawn Penn in the tribute to Desmond Dekker (19h30-20h30)
Cet hommage pour la mort de Desmond Dekker survenue le 25 mai 2006 était très attendu. A deux jours près, le « Roi du Ska » aurait eu 65 ans, et c'est sur une scène et devant un public plein d'émotions que Delroy Williams commence à chanter "Three Little Birds", comme pour signifier que malgré la disparition de son ami, les choses vont bien se passer ! Il reprendra ensuite "You Sexy Thing" de Hot Chocolate avant d'introduire Dawn Penn, qui après deux morceaux (trop) lents, donnera la pleine mesure de son talent sur "Night & Day" suivi de "You Don't Love Me (No, No, No)". Cependant, le rythme est très loin de rendre hommage au Ska du monstre sacré... Ainsi, The Pioneers, tout de blanc vêtus, débarqueront avec "Let Your Yeah Be Yeah" pour relancer tout le monde sur la rythmique affectionnée par Dekker !
Leur côté Rocksteady reprend le dessus avec "Starvation" pendant un bref moment avant de revenir au Ska via "Little Bit Of Soap" et d'aller faire un passage full love avec "Give Me A Little Loving" (feeling high so high i don't wanna to die). Cette profusion de bons sentiments se poursuit avec la reprise de Jimmy Cliff "Many Rivers To Cross"... Enfin réapparaît Delroy Williams qui nous promet de revenir l'année prochaine pour un tribute de deux heures à la gloire de Desmond... Il s'associe alors aux Pioneers pour reprendre "007 (Shanty Town)".
L'émotion est alors à son comble ! Comme pour s'excuser de pleurer son ami et d'avoir ralenti le tempo, ils enchaînent un "You Can Get It If You Really Want It" musclé... On oublie alors la fatigue, la canicule, et on repense à l'année dernière quand tout le monde souhaitait un "happy birthday" à Desmond. Les Pioneers, avec leur voix proche de Dekker, entonnent "Israelites" et tout le public reprend en chœur... On n'entend plus Delroy qui a la gorge trop serrée pour chanter. Il arrivera néanmoins à présenter les derniers compagnons de son ami sur scène, The Aces !

Tiken Jah Fakoly (21h15-22h15)
Le temps de changer le backing et de faire la balance, l'émotion laissera bientôt la place à la fougue de Tiken Jah Fakoly. Après deux dubs bien sentis, il arrive déjà bondissant sur "Tonton d'America". Le public est d'un seul coup plus important que pendant le reste de l'après-midi, The Last Arena est quasiment pleine. Les choeurs sont très rafraîchissants et se font entendre sur "Quitte le pouvoir", sublime ! Cependant, Tiken est obligé de motiver les troupes pour que tout le monde adhère à la chaleur de son Reggae africain... Toujours dans la verve politique, il enchaîne avec "Les Martyrs".
"Bognan" sera l'occasion de vérifier notre jeu de jambe ainsi que le sien sous son boubou orange et noir du plus bel effet. La basse est très énergique notamment sur "Françafrique", accompagnée par la rage de Tiken Jah Fakoly : « Réveillez-vous ! », harangue-t-il la foule alors que la nuit tombe. Toujours aussi véhément, il poursuit avec "Plus rien ne m'étonne". Enorme! Je ne connaissais pas du tout Tiken Jah, je sais désormais qu'il n'est pas fait du même bois qu'Alpha Blondy... Tiken et son crew videront leur sac avec "Y en a marre"... Bien défoulé, le public est enjoué, mais la pause est bienvenue, étant donné le « faya man » prévu juste après !
panorama-tiken

Capleton feat. Jah Thunder & Prince Pankhi (23h-0h15)
Un vent frais s'est levé, courant sur les terrils permettant une accalmie vite oubliée quand débarque Prince Pankhi avec son titre éponyme... Il met directement la pression sur ses suivants... Tout de suite on est en nage, et le « king of faya » n'est toujours pas là. Après une tune qui arrache tout, il laisse sa place à Jah Thunder qui enflamme l’assistance avant l'arrivée du « Prophète ». En tout cas, Jah Thunder est bien décidé à nous donner la fièvre avec son "Catch A Faya". Même si les « invités » chauffent l'arène à la manière de leur guide, ils n'en ont pas encore l'aura. Restera-t-il encore assez d'énergie au public pour endurer Capleton ? Bien entendu, et plus encore si on considère le nombre imposant de massives qui se sont donné rendez-vous dans la prairie de la Machine à feu. C'est devant un parterre de briquets allumés qu'arrive en sautillant Capleton. Il a à peine le temps de commencer "Small World" qu'il doit déjà pull up vu la furie dans l'arène. Dès les premières notes du synthé, le mercure monte encore, et le public reprend en choeur "Jah Jah City". Ambiance survoltée ! "Stand Tall". Capleton, ayant revêtu la robe du serpent corail, nous assène avec sa morsure brûlante des titres tous plus dévastateurs les uns que les autres. Il saute tel le crépitement d'un feu de bois sec. "Mashing Up The Earth", la fronde contre Babylone, est continuellement ravivé avec les « more fire » et autres « faya burns » que nous scande Capleton. Il laisse la révolte de côté, "Love Mama" annonçant une deuxième partie de concert plus calme, même si les « mash it up » appuyés de coups de caisse claire restent légion. Il y aura aussi "God In Her Clothes" en interpellant toutes les filles de l'arène. Pour finir, et ne pas rester sur une accalmie, le « Prophète » nous sortira un chant a cappella dont les refrains seront faits par le public répondant « More faya ! More faya ! ».
Après cette démonstration, il se retire. Elephant Man arrivera-t-il à tirer le meilleur parti du public après la politique de la terre brûlée de Capleton ?

Elephant Man (01h15-02h30)
Bien qu'éloigné de ses racines, l'agressivité du Dancehall tire son épingle du jeu grâce à son énergie, ce qu'a très bien compris Elephant Man. Seulement, à la différence de Capleton et de son David House crew qui reste sur des bases solides, « l'homme-éléphant » n'hésite pas à transgresser les styles, débordant sans contrainte de son Slackness... Au début, pour conserver les vibes de Capleton, il reste proche du Dancehall du « king of faya » et autre Sizzla, mais bien vite il va plus loin, ne serait-ce que par son show, un peu trop extravagant. Je ne suis déjà pas un passionné de Dancehall, et encore moins du Slackness, même si l'énergie dégagée par la plupart des artistes reste admirable, il faut quand même reconnaître que ça devient un peu n'importe quoi... « If you love reggae music, jump up », et il reprend direct "I Will Survive" (la version de Gloria Gaynor)... Ça surprend quand on ne s'y attend pas. Son show va à 200 à l'heure, il grimpe partout, saute tout le temps. C'est la fête ! Néanmoins, aller jusqu'à reprendre "La Lambada" me semble être un manque évident d'inspiration, ou une facilité pour faire beaucoup d'argent... Bref c'est carnaval avec Elephant Man... Le rythme est trop saccadé pour profiter de la danse.
Beaucoup de massives pensent comme moi, fuyant les barrissements du « bad bwoy ». Nous en profitons donc pour visiter les cinq autres scènes... J'aime ce festival pour ça, la découverte...

DJ Cash Money (01h45-03h30)
Au détour du "Club-Circuit Marquee" (un autre chapiteau), j'entends "Sound Of Da Police" (assassin de la police) de KRS One, et je fonce, c'est DJ Cash Money qui mixe accompagné d'un acolyte au « mic »... Effectivement ce DJ est prodigieux, n'ayant nullement peur de mixer des styles tout à fait différents. Suivent ainsi les Jackson Five avec "I Want You Back", cuté avec le "Sex Machine" de James Brown...
Ce vétéran des platines gagne en 1988 le New Music Seminar, l'American Championships et le DMC. Avec tous les styles mixés, le comparer à 2 Many DJ's est une évidence, même s'il est clair que ce sont ces derniers qui ont dû s'inspirer de son mix. Pour nos oreilles, les vibes que transmet DJ Cash Money sont plaisantes après la débâcle d'Elephant Man. Il continue dans les fondements du Rap avec "Rapper's Delight" de Sugarhill Gang mixé avec le "Good Times" de Chic. Bref on est au night club, avec le meilleur DJ qui soit, de la musique qui a déjà fait ses preuves, une ambiance terrible ! Et ce jusqu'à 3 h 30 du matin... Toutes les générations sont au rendez-vous quand il continue avec Eurythmics et son "Sweet Dreams" en intermède, avant de mettre le riff d'"Under Pressure" de Queen & Bowie! Et tout le monde reprend en chœur ! Tout va très vite, autre riff, celui de Nirvana, "Smell Like Teen Spirit"... Souvenirs, souvenirs! Après quelques scratches, il poursuit dans la ligne Rock avec Lenny Kravitz "Are You Gonna Go My Way" puis les White Stripes, sous les coups du "Seven Nation Army" qui fait entendre toutes les voix du Club... C'est AC/DC qui reprend le flambeau suivi des Guns'n Roses... Bien sûr c'est commercial, mais à 3 heures du mat' les festivaliers veulent faire la fête sur de la bonne musique tous ensemble. Du moment que c'est efficace... Ainsi, il fait une session Sean Paul, enchaînant les plus entraînantes de ses tunes : forcément "Gimme The Light" en fait partie et, sans en remettre une couche, c'est bien mieux que « l'homme-éléphant ». Avec le retour en coulisse du combo américain sous les acclamations, nous décidons de rentrer, pour nous économiser.

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