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Festi'Val de Marne @ Parc Interdépartemental des Sports (94)

Samedi 07-10-2006
Parc Interdépartemental des Sports - Choisy-le-Roi (94)

Le Festi’Val de Marne fête ses 20 ans ! Depuis 1986, cette manifestation, initiée par le Conseil Général du Val de Marne, a accueilli pas moins de 1 800 artistes. Eclatée sur l’ensemble du département (27 salles !), ce rendez-vous musical éclectique de l’automne est devenu au fil des années une date incontournable.
C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que nous avons pu découvrir la programmation Reggae concoctée par le directeur du festival, Jean-Claude Barens et son équipe. Une affiche particulièrement riche et variée se déroulant à Choisy-le-Roi dans 2 chapiteaux de 600 et 2500 places.
Nous nous rendons au parc interdépartemental des sports pour un des derniers festivals semi plein air de l’année. L’ouverture des portes est prévue à 16h30. Comme l’année dernière, c’est le soundsystem Easy Style qui, perché en haut du « camion WC Monic la Mouche », était chargé de réchauffer des massives, courageux d’affronter la fraîcheur extérieure. Des grosses tunes avec des artistes comme Buju Banton, Capleton, Warrior King et une bonne animation du MC.
Il est 17h15 lorsque les premières notes se font entendrent sous le grand chapiteau, on entame cette session sous la vibes du Ska avec un groupe venu de l’autre coté de l’Atlantique, plus précisément de Californie : The Aggrolites.
Une salle peu remplie mais un public bien ciblé : Jeans retroussés, blouson parsemé de badges à l’effigie de Prince Buster ou Studio One; pas de doute : le oldies a encore ses adeptes !
Quelques dizaines de curieux viennent découvrir ce groupe endiablé qui annonce une très bonne soirée. Les amateurs de guitares électriques et de grosses basses seront ravis, rajouté à cela une batterie déchaînée, vous n’avez plus qu’à bouger sur le « Dirty Reggae » américain. Une sélection bien rodée avec notamment “Pop The Trunk", "Jimmy Jack", "Hot Stop", "Black Lung", "Reggae in The Gettho", "Make it Reggae", "Volcano", "Funky Fire", "Mr Misery", "Prisoner Song", "Someday", "Don't Let Me Down", "Wet Dream" et "Moon Hop”. Peu de reprises dans ce show, à noter quand même le "54-46, That's My Number" de Toots and the Maytals, en fin de prestation.
Déception pour certains, quant à l’heure de passage du groupe qui s’est retrouvé à jouer devant un chapiteau peu rempli.
18h15, pas le temps de traîner, nous traversons le carré d’herbe pour rejoindre le petit chapiteau qui reçoit le groupe Québécois de Montréal DobaCaracol, qui fût à coup sûr l’une des découvertes les plus appréciables de cette soirée. Menée par 2 jeunes femmes (Doba et Caracol), assurant chants et percussions, cette formation nous étonna par son dynamisme et par le plaisir qu’elle pouvait prendre sur scène. Les rythmes endiablés et les paroles entraînantes de ce groupe n’ont pas eu beaucoup de mal à convaincre un public particulièrement réceptif, qui ne se fit d’ailleurs pas prier pour danser.
Développant un style bien particulier, DobaCaracol se nourrit d’influences multiples parmi lesquelles résonnent rythmes africains « traditionnels » et sensibilité Reggae. Assurant la promotion de leur album "Soley" avec des morceaux tels que "Baiser Salé" ou encore "Papillon", le Festi’Val de Marne marquait la fin d’une tournée Hexagonale pour un groupe que l’on espère revoir très prochainement sur les scènes françaises.

Cette année encore, le Festival nous offre trois belles têtes d’affiche, dans trois styles différents. Les choses sérieuses commencent avec un des fondateurs du « deejay style », l’illustre Dennis Alcapone.
Près de 40 ans après avoir entonné ses premiers morceaux avec le soundsystem jamaïquain El Paso, Alcapone est toujours présent prêt à représenter son style. Au cours de sa carrière, il sera produit par les plus grands : Keith Hudson, Duke Reid, Joe Higgs, Bunny Lee et bien sûr Sir Coxsone. Mais revenons à notre époque ! Il est accompagné aujourd’hui par le Faya Dub band, qui nous offre une bonne intro avant ce show bien attendu. Une mise en bouche instrumentale où nous soulignerons l’efficacité de la section cuivres.
Lorsque le pionnier arrive, il est paré de son habituel chapeau et d’un classique costume gris. On tombe immédiatement sous le charme nostalgique de ses célèbres gimmicks, et malgré les années il monte encore très bien dans les aigus. Le temps passe vite avec Dennis... très vite, et une heure c’est bien court pour un artiste aussi envoûtant. Notons quelques gros classiques tels que "Fever Teaser", réédité récemment chez Soul Jazz Records, "Studio One DJ's", ou encore un "Tribute to Bob Marley".
La notion du timing se fait vraiment ressentir et notre singjay ne semble pas vouloir partir malgré l’insistance de la production qui, depuis deux chansons fait signe que le temps imparti est écoulé. Cela n’empêche pas le band de grappiller quelques minutes pour finir sur une reprise enflammée de "Guns of Navaronne" des Skatalites. Réaction immédiate dans le public qui danse et chante en chœur.
Une prestation réussie qui laissera une trace dans la mémoire des massives présents.

20h, le Ska/Rocksteady est à l’honneur sous le petit chapiteau avec la venue de Moon Invaders, une formation de Belgique qui diffuse sa vibe depuis la fin des années 90. Un groupe agréable et accessible qui envoûte la salle d’une ambiance festive. Une fois de plus la section cuivres fait son effet par ses petits solos entraînants. Moon Invaders méritent d’être vus, l’occasion pour les fans de Rocksteady de se déhancher à nouveau !
A chaque heure son style à Choisy-le-Roi ! 20h45, c’est le Roots qui est à l’honneur : déprogrammé quelques semaines avant le festival les Mystic Revelation Of Rastafari laissant un goût amère à beaucoup de « rootsmen », l’organisation nous réconforte en invitant un autre groupe légendaire du Roots Reggae des années 70, Misty in Roots.
Les derniers retardataires semblent arrivés et le grand chapiteau s’est bien rempli, pour un public qui réagit immédiatement à cette grosse rythmique Roots anglaise. Quelques petits problèmes techniques (larsens) viennent perturber succinctement le groupe, mais cela n’empêche pas la vibe de passer. Les amateurs de Roots sont comblés aux vues des réactions et l’ambiance sous le chapiteau. Cela se ressent également dans la formation et les petits soucis techniques s’effacent pour laisser place à l’aisance de ce groupe de scène, qui n’a plus rien à prouver dans le monde du Reggae.
Mené par les frères Tyson, voici un moment à savourer car leur représentations en France ne sont pas si courantes. Ngoni (le lead vocal) un peu réservé durant les premières tunes se libère rapidement et contamine la salle avec de gros classiques tels que "Sodom and Gomorra", "How Long Jah" et surtout une superbe version de "See Dem a Come" qui nous démontre que les Misty in Roots accélèrent le rythme et l’ambiance de la salle comme ils le désirent. A noter là encore, un rapide hommage à Bob Marley avec quelques versets de "Zimbabwe", un choix particulier pour ce groupe très proche de l’Afrique et ayant demeure dans ce pays. Un clin d’oeil symbolique gorgé d’un puissant message d’humanisme.
Au risque de nous répéter, il est dommage que le timing soit si strict avec des invités de cette qualité, mais on ne peut tout avoir...

21h45, le petit chapiteau résonne d’une lourde basse qui couvre même le soundsystem extérieur. Pas de doute : c’est l’heure du Dub, avec aux commandes Kanka. Un son lourd influencé par le Dub jamaïcain et anglais avec une grosse basse et une batterie conséquente. Amateur de Stepper, vous trouverez aussi votre bonheur ! Mais dans tous les cas, pas de doute les rythmes sont entraînants. Sans être spécialiste de Dub, nous nous laissons charmer par ses compositions et visiblement le public aussi. Voici là encore un nouveau talent de la scène française à suivre de près.
Simultanément nous faisons des allers-retours vers l’extérieur où le Easy Style soundsystem nous fait bouger sur de bonnes grosses tunes Nuroots. Un style particulier avec un MC qui prend très souvent le micro laissant peu de temps à l’écoute de chaque vinyle, ce qui dans certains cas peut se trouver frustrant...
22h15, le grand chapiteau n’est pas encore ouvert pourtant le public se presse déjà pour assister au dernier concert de la soirée, celui d’Admiral T. La prestation du jeune artiste guadeloupéen de 25 ans, en tournée pour la sortie de son dernier album "Toucher l’Horizon", est donc très attendue, et on peut dire sans prendre trop de risques, qu’elle fût à la hauteur de nos attentes. Toujours aussi vif et intenable sur scène, il assura véritablement le show pendant près d’1h30.
Son set débuta par quelques incontournables de son premier album "Mozaik Kreyol" sorti en 2003 (et publié sur un label indépendant avant de ressortir sur AZ/Universal l’année suivante) avec des tunes telles que "Ghetto" puis "Sound System" ou encore "Everytime". La réaction du public est immédiate, c’est l’euphorie collective et le service de sécurité, qui a du mal à contenir les plus « motivés », est sur ses gardes. L’ambiance reste pour autant très bon enfant. Admiral T poursuit alors avec le morceau "Toucher l’Horizon" puis "Sucre d’Orge" ou encore "Move together".
Il profite des breaks entre ses chansons pour placer quelques clins d’oeil et dédicaces notamment aux sans-abri et aux personnes gravement malades. Epaulé par Saël, Admiral T assure son répertoire avec toujours autant d’énergie. Les chansons s’enchaînent et les facilités vocales de l’artiste n’en sont pas moins étonnantes. C’est au moment d’entonner la tune "Les Mains en l’Air", initialement en featuring avec Diam’s, qu’il fait appel à une jeune fille du public pour l’accompagner. Cette dernière n’a certes pas le flow de la célèbre rappeuse mais à le courage de se lancer sans retenue. Les textes sont parfois approximatifs et la voix en demi teinte à côté d’Admiral T mais le public joue parfaitement le jeu. Les applaudissements répétés seront un signe d’encouragement mérité pour cette improvisation vraiment pas évidente. Admiral T privilégie l’interaction avec son public et ce genre d’invitation sur scène vient nous le rappeler. S’en suit des titres tels que "Rev An Mwen", "Lanmou Epi Respé", "Grand Manitou"... et une version sur le Military riddim. Mais c’est bien lors de la fameuse tune "Gwadada", véritable hymne pour la jeunesse antillaise, que la prestation d’Admiral T atteint son apothéose, et cela pour notre plus grand plaisir.
Le show d’Admiral T touche à sa fin, et on pourra regretter tout de même un arrêt quelque peu brutal, sans doute sous l’impulsion d’organisateurs soucieux de terminer à l’heure. Quoi qu’il en soit, l’artiste guadeloupéen nous a une fois de plus régalé et la performance réalisée est d’autant plus à son honneur que le public escompté n’était pas aussi nombreux qu’on aurait pu l’espérer. Ne dit-on pas que les absents ont toujours tort ?

C’est ainsi que se termine cette nouvelle édition du Festi'Val de Marne, une très bonne soirée qui s’est visiblement déroulée dans un esprit convivial et amoureux du Reggae. Notons la qualité de l’organisation et des prestations offertes sur place, des toilettes originales et très propres, des stands d’information et de prévention, la distribution gratuite de bouchons anti-bruit et fruits frais, ainsi que des boissons et sandwichs à des tarifs plus que raisonnables. C’est la deuxième année que JAHSound.net couvre l’évènement et c’est sans hésiter que nous vous donnons rendez-vous l’année prochaine, toujours plus nombreux.

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