gainsbourg party

Gainsbourg Reggae Dub Party @ Le Glaz'Art (75)

Jeudi 28-09-2006
Le Glaz'Art - Paris (75)

Arrivés peu après 22 heures, coincés entre le périphérique et la ligne RER, nous découvrons une plage accrochée à une boîte rose, nommée Glaz'Art, où a pris place une kermesse pour contenter les impatients qui attendent dehors le set gainsbourien. Heureusement, le ciel dégagé et la température sont de la partie, réminiscence d'un été encore présent dans nos mémoires!
Nous rentrons enfin dans le Glaz’Art qui est divisé en deux: la partie exposition accueille les photos de Pierre Terrasson, et la salle de concert, également ornée de photos de Gainsbarre période Reggae. Le lieu est sympathique, avec le bar au fond et une arrière salle façon paillote, idéale pour discuter et se désaltérer.
A notre arrivée, c'est Radio Salah qui officie: il mixe du Shabba Ranks, une version de "Rapper's Delight" (Xanadu And Sweet Lady), du Ragga, pas très Dub ni Roots, à l'image des productions gainsbouriennes. Il va jusqu'à mettre du Madness avec leur titre ska ! Salah s'adresse clairement à un public non féru de Reggae Dub. Peut-être est il un habitué des lieux, et connaît ainsi le public abonné à la boîte rose ? Il poursuit avec un "Rudy, A Message To You...", faisant danser les « p'tits gars et les p’tites pisseuses » sous le regard du grand Serge.

Puis, une demi-heure plus tard, Molecule arrive aux platines, ou plutôt à la console d'effets reliée à son portable, accompagné de Zig-Zag au mic, pour du Dub Electro très profond. Pour nous mettre en jambes, une intro aérienne; le Glaz’Art est vite rempli. Tout de suite, Zig-Zag tire le meilleur parti du public assez réactif. Suivant la droite ligne de Manasseh, il s'enfonce dans un Dub Electro mâtiné de petits effets. Malheureusement pour eux, la sono du Glaz’Art est très loin d'être adaptée, les basses ne sont pas suffisantes et saturent vite. Zig-Zag est rapidement rejoint par un acolyte dont j'ai oublié le nom, mais dont la voix grave collait très bien avec les rythmes abyssaux de Molecule, en adéquation également avec la voix plus haute de Zig-Zag.
La première partie du set est un peu monotone, sans doute dû au fait que les morceaux s'enchaînent et n'explosent jamais vraiment. La basse est peut-être aussi un peu trop grondante, débordante, pour bien découper le rythme... C'est du Dub planant, à des stratosphères du Stepper et autres variantes. Il faudra attendre une reprise de Marley ("Crazy Baldheads") pour que la guitare synthétique égaye un peu les sonorités de Molecule. Le morceau vire sur la Drum’n Bass, en décalage complet avec le rythme plus posé des lyrics, ce qui n'est pas pour déplaire. Puis, surgit une compo spécialement faite pour l'occasion, ou arrangée expressément pour convenir aux fans de Gainsbourg: "Elle Est Si". Reprenant un Dub dont il a le secret, Molecule a collé sans difficulté ce poème, récité en live par le beau Serge, co-écrit avec Dutronc un soir d'ivresse. Il le parfait par une déferlante de delay et reverb agressifs.

Pour "Orange", Molecule flirte avec le Trip-hop, sur un chant féminin très mélodieux contenu dans les entrailles informatiques. Il poursuit par un "Jamaïca" grâce auquel il revient plus aux racines du Dub, tout en gardant sa touche personnelle. Zig-Zag arrive à en tirer parti, faisant sans discussion possible, le meilleur morceau de toute la soirée.

23h30
L’entracte est assurée par Radio Salah, qui nous amarre avec Tenor Saw "Ring The Alarm", poursuit sur le Stalag riddim par Sista Nancy et son "Bam Bam", puis un passage par Gainsbourg (enfin !) avec Brady & LMJ "Men Will Deceive You" (Javanaise Remake), enchaîné avec un Marley, et son rejeton (Damian 'Jr. Gong' Marley) relançant la machine avec son "Welcome To Jamrock".

00h00
« Gainsbourg on l’adore, mais pour nous, c’est un peu un concurrent... Alors on va faire deux ou trois chansons à nous, et puis après on va se mettre aux platines et on va défoncer tout avec les Dubs faits à Kingston. », dixit Bruno Blum, aka Doc Reggae...
Après ce bref entracte très peu gainsbourien, les humeurs s'échauffent avant que se fassent entendre les premières mesures d'un "Pas Long Feu", repris ici en "Eau Et Gaz A Tous Les Etages". Malgré cette intro qui laissait présager un bon set dans les compos du Serge, cela tourne vite au vinaigre... Car Serge sert en fait à trouver un nouvel auditoire pour Doc Reggae, qui n'a de Reggae que le jeu de guitare, et le groupe qui assure derrière lui. Tout dans l'accoutrement, la provoc', le dialogue fait plus penser à une grosse farce façon Jacky show... Me voilà des années en arrière, dans un bal de campagne, face à un adepte de Rock à Billy [sic] venu massacrer tous les standards. Bien sûr, l'habit ne fait pas le moine, cependant il y a un tel décalage entre l’attitude, le dialogue de Blum et la promesse du flyer, que cela casse l'ambiance.
Vous aviez peut-être remarqué que le "Lola Rastaquouère" chanté en anglais n'avait rien à faire avec le reste des morceaux sur les versions DJs d'"Aux Armes Et Cætera"; et bien dites-vous que c'était la mieux de toutes les « compos » que nous a infligé Bruno Blum pendant cette descente aux enfers. Nous avons été naïfs et malheureux de croire que cette soirée serait un véritable hommage. Dommage car le crew (Dub de Luxe) est très solide, mais la voix de Blum n'a rien d'une sinécure.
Heureusement, celle de la choriste (Maya) relève les morceaux. A chaque fin d'une chanson de Blum ("J'aime Les Blondes", "Viens Fumer Un P’tit Joint", etc.), des voix s'élèvent pour réclamer leur dû : « Du Gainsbourg bordel ! ». Et à chaque fois, Blum répond avec trente secondes d'"Eau Et Gaz A Tous Les Etages", qu'il jouera plus de cinq fois au cours de son concert, irritant toujours un peu plus les fans (de Gainsbarre, pas de Blum...). Mais de qui se moque-t-on?! Il fera quand même "Lola Rastaquouère" en anglais dans le texte, comme je l'ai dit plus haut, ainsi qu'un "Appareil A Sous" et un "Aux Armes Et Cætera"; mais c'est tout ! Et vu le massacre, c'est comme de mettre du sel sur une plaie. Pendant les chansons de Blum, le groupe s'essouffle, à croire qu'il est le reflet de ce que ressent le public. Le Dub de Luxe reprend des couleurs à chaque attaque de morceau Reggae non blumien. De plus, tout ce que Blum semble avoir retenu du Reggae, c'est le joint pour se défoncer. Il essaye clairement de ressembler à Gainsbourg en garnissant ses paroles d'allusions au sexe, pas très fines, mais il ne réussit qu'à se décrédibiliser encore plus. Il touchera le point de non-retour lors de la lecture du discours de HIM devant les Nations Unies pendant un "War" de Marley à rallonge, accompagné par Jay. Il prend son rôle de « Docteur ès Reggae » trop à coeur, mais franchement, on vient pour entendre du Gainsbourg Dub, et non pour recevoir un cours magistral. Je finis assis, usé par tant de moqueries de la part de Blum.
A l'issue de son dernier morceau, "Si Je Reste" (reprise de "Should I Stay Or Should I Go" des Clash), je comprends qu'il ne fera même pas son rappel (prévu avec la "Nostalgie camarade")... Sa choriste poussera la chansonnette sur un "Pas Long Feu Sarkozy Ici"...
Il a quand même senti le vent tourner, et pour éviter la gifle en public, il évitera de remettre de l'huile sur le feu. Toutefois, il revient rapidement, annonçant qu'il viendra ensuite pour le DJ set, afin de mixer des exclus et des dubplates de Gainsbarre (comme prévu au programme), tout en distribuant des EP d'"Aux Armes Et Cætera" (qui, en fait, s’avèreront être des chutes de pressages inexploitables). On le voit amener des vinyles à Salah qui reprend le flambeau, accompagné de Zig-Zag et Jay pour un DJ clash sur un Doctor's Darling riddim. Puis Salah continue seul avec "Pass The Dutchie" de Musical Youth, suivi de "54-46, That's My Number" de Toots & The Maytals. Et on attend toujours l’hommage appuyé qui ne viendra jamais (sauf avec "Marilou Reggae"): ça se termine en soundclash avec Michael Jackson "I Want You Back" sur un Bam Bam riddim, puis les videurs nous virent au bout d'une demi-heure de mix décevant sans la moindre réapparition de Blum.

Quand bien même Blum fut déçu du ressenti du public pour ses chansons (il doit en avoir l'habitude pourtant), il aurait allègrement effacé l'ardoise en mixant les Dubs de Gainsbourg comme annoncé sur le flyer. De là à croire que Blum est malhonnête, il n'y a qu'un pas. Même le régisseur était dégoûté du torpillage de la soirée, la fin étant prévue à 3h00 et non à 1h30. Bref, une soirée à oublier !

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