Johnny Clarke & Jah9 @ Le Forum (95)

Samedi 28-03-2015
Le Forum, Vauréal (95)

Deux générations partagent la scène, ce soir, au Forum de Vauréal. D'un côté, Johnny Clarke, 60 printemps, a marqué l'histoire de la musique jamaïcaine avec le style flying cymbal qu'il inaugure au sein de l'écurie de Bunny Lee et ses Aggrovators et est surtout connu pour ses reprises. De l'autre, Jah9, à peine plus de la moitié, fait partie de cette dernière vague Reggae Revival aux côté de Protoje (qui joue à quelques kilomètres à l'EMB de Sannois au même moment), Uprising Roots, Chronixx, Kabaka Pyramid ou encore Raging Fyah (en pleine tournée européenne également).
Patientant avec la bande annonce plutôt rock des prochains concerts au Forum et quelques morceaux des Easy Star All-Stars en fond sonore, le public investit petit à petit  la salle. Le groupe se met en place et c'est Henry 'Buttons' Tenyue a.k.a Matic Horns qui prend le micro pour la première chanson avant d'enchaîner avec le massif « Increase de Peace » issu de son album homonyme. Nul besoin d'aller plus loin, tout le monde est prêt pour un big warm welcome for Jah9 !

La chanteuse entre en scène, châle vert-jaune-rouge sur les épaules, avec son dernier titre en date « In the Midst ». Elle poursuit avec « Gratitude » suivi d'un salute to the brothers qui annonce la ballade « Brothers ». Après les frères, c'est au tour des sœurs d'avoir leur chanson dédiée, « Avocado ». Prenant le temps de communiquer avec son public entre chaque chanson, elle nous rappelle que notre santé est notre richesse et qu'elle passe par l'alimentation, ital évidemment, avec les légumes mais aussi la ganja. Elle ajoute qu'elle ne fume pas (smoke) mais use plutôt de la vapeur du chalice (steam). La transition est donc faite avec le titre suivant, « Taken Up », qui subira le premier wheeeel ! de la soirée. Ce titre puissant est également le premier à être développé avec le rituel dubwize qui, cette fois, colle parfaitement avec le style de Jah9 qu'elle décrit elle-même comme jazz on dub.

Elle demande ensuite qui a déjà été en Jamaïque, puis qui a le projet d'y aller. Quelques mains se lèvent dans la salle et même Drumtan Ward, le batteur, participe à ce sondage. Pour le voyage, elle a quelques conseils à donner :

There is three things to know about Jamaica :
1- we love Rastafari
2- we love di good good ganja...

Et pour le troisième élément, ça se passe en musique avec l'énorme « Steamers A Bubble » qui sera animé par une danse frénétique de Jah9 sur un rythme de batterie endiablé en seconde partie. Les chœurs, déjà présents sur la version studio, le sont encore plus ici et insufflent une dynamique supplémentaire au refrain. Pour l'introduction suivante, la chanteuse devient chef d'orchestre lançant de manière cuivrée un « New Name » qui sera déjà le dernier morceau. Elle conclut avec un je m'appelle Jah9, blessed love puis disparaît dans les coulisses après à peine trois quarts d'heure de concert qui sont passés très rapidement. Une bonne présence, de bons morceaux, une interaction avec un public réceptif, on est très loin du concert pâlichon et sans charisme.

 

Le groupe reste en place et entame un medley qui annonce clairement la suite puisque tous les classiques de Johnny Clarke sont passés en revue. Quelques sœurs réclament le retour de Jah9 mais la machine est lancée. Le chanteur débarque alors sur scène dans une tenue plutôt décontractée avec sa traditionnelle sacoche en bandoulière. Mais il ne faut pas se fier aux apparences car avec son air débonnaire, il vient rappeler qu'il est le roi dans l'arène ce soir. Après « King In The Arena » donc, vient l’inévitable « None Shall Escape » d'Earl Zero, le fameux titre qui a inauguré le style flying cymbal. On conserve d'ailleurs ce style pour « Enter Into His Gates With Praise » et son entêtant refrain Jah Jah in deh in deh. Johnny Clarke dévoile son impressionnante crinière pendant ce morceau.

On continue en classique avec la reprise de « Crazy Baldhead », mais le son est si saturé qu'on a du mal à le reconnaître, puis « Roots Natty Roots, Natty Congo » encore une big tune comme le précise le chanteur. Les tentatives de discours entre les morceaux ne sont pas vraiment des réussites et le batteur y met souvent fin brusquement. Le public, quant à lui, apprécie chaque chanson comme le montre ce Pull Up Dat !  qui vient interrompre l'introduction de « African Roots », et le groupe ne se fait pas prier pour reprendre de plus belle. Les cuivres s'éclipsent sur la fin du titre suivant « Every Knee Shall Bow » et pendant deux chansons qui seront le seul moment un peu faible de la soirée.

Johnny Clarke marque chaque morceau de son empreinte et surtout de ses gimmicks, les jeux de lumières et ses attitudes lui donnant parfois l'air d'un Mortimer Planno. Il poursuit avec un registre un peu plus lovers avec « Rock With Me Baby » et « Ride On Girl » avant le tonitruant « Blood Dunza » dans un style rockers limite UK. Il termine avec un respect Dub Asante puis quitte la scène. Matic Horns prend alors le micro pour faire les présentations du groupe rebaptisé pour l'occasion Dub Asante Ites puisque nous retrouvons donc Matic au trombone/percussions et Drumtan Ward à la batterie qui font partie de la formation classique du Dub Asante band. Pour le Ites, il vient des RasItes : Cyrus Richards aux claviers et Jahmell 'Tallis' Ellison à la basse. Enfin James Shepard à la guitare et le quasi-omniprésent Guillaume 'Steppa' Briard au saxophone/percussions complètent la formation.

Un peu moins d'une heure de concert, ce n'est pas assez. C'est donc naturellement que le public en redemande et il sera exaucé avec « Play Fool Fi Get Wise », « Declaration Of Rights », repris en chœur, et « Move Out Of Babylon » marqué par une petite cascade microphonique qui conclue le concert avec un sourire.

Cette fois, c'est terminé, une petite annonce pour le merchandising disponible au fond de la salle et chacun peut profiter des dernières minutes d'une heure d'hiver 100% jamaïcaine. Ce fut une prestation classique mais plus qu'agréable et dans l'ensemble une bonne soirée concoctée par Talowa qui nous rappelle que même si les anciens ne sont plus nombreux, ils sont toujours vaillants, et que la nouvelle génération est prometteuse avec de bons moments musicaux en perspective.

No votes yet.
Please wait...