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Lee 'Scratch' Perry + The Abyssinians + Dillinger @ Pavillon Baltard (94)

Samedi 29-01-2005
Pavillon Baltard - Nogent sur Marne (94)

L’affiche ramène du monde : c’est la première chose que l’on voit en arrivant, même en retard comme je l’ai fait... ce Pavillon Baltard, qui accueillit Bob Marley en son temps, est une belle oeuvre et la façon dont les basses se propagent vers l’extérieur laisse présager d’une bonne sonorisation.
L’homme Dillinger était déjà sur scène quand j’arrivai, entonnant son tube "Cocaïne In My Brain" (je préfère "Marijuana In My Brain" mais bon), et animant la salle déjà bien remplie. Le bar cependant lui fait de la concurrence (l’alcoolotropisme, un phénomène à étudier...) et son show se finit sous les acclamations mais sans rappel (sûrement avait-il eu lieu avant !?).

Le backing band reste en place et enchaîne dans la foulée. Le public s’échauffe, sentant arriver les légendaires Abyssinians, qu’annonce finalement le bassiste (des Ras Ites). Et c’est sur un gros Tena Yistillign (« que Jah vous apporte la santé de ma part ») que Bernard Collins salue les massives, à l’éthiopienne, ce qui est une caractéristique de ce groupe pionnier.
Accompagné des frères Donald et Lynford Manning, le trio vocal ainsi formé commence à entonner une fournée de titres légendaires : "Forward Unto Zion", "The Good Lord", "Leggo Beast", "Know Jah Today", "Yi Mas Gan", "African Race", "Declaration of Rights", "I and I", "Abendigo"... Très fort sur les harmonies vocales (le lead singer a changé sur quelques titres), le trio ne l’est pas moins sur les pas de danse (au cri de « riddim ! ») que les massives ont su apprécier et saluer comme il se doit (c’est des elders seen !). Un show parfait, fi real ! Les musiciens ont vraiment assuré de leur côté et l’ensemble a détonné. Un faux départ du groupe a été l’occasion pour la foule, hétéroclite ce qui montre la largeur du reggae music aujourd’hui, de manifester sa joie et les Abyssinians sont rapidement revenus c ui, les massives attendaient une tune : "Satta massagana" ! Après deux titres qui re-chauffent les massives, l’Ethiopian anthem commence à résonner dans le Pavillon sur fond de percus nyahbinghi jouées par Bernard Collins et un des frères Manning, le second enchaînant les pas de danse. Il est difficile de rendre compte de l’émotion des massives présents mais, pour les avoir vu deux fois auparavant, je peux dire que là c’était encore plus grand. Bref, Jah bless di Abyssinians dem ! Satta amassa gana, dehna Egziabher yimmesgan, kibir leAmlak ulaghizer : des formules qui sont dans les esprits de beaucoup de frères et soeurs et c’est bien grâce à eux.

Changement de plateau, de musiciens, et de vibes. Quelques embouteillages au bar plus tard (toujours la même dynamique spatiale liée à cette attirance pour la boisson; ça suffisait pas les vapeurs de ganja !?), les massives retrouvent une autre légende, producteur des Wailers à leurs débuts, fondateur du Black Ark Studio : l’homme se nomme « LPS » comme l’annonce un de ses musiciens, Lee 'Scratch' Perry. Affublé d’un chapeau pointu, scintillant de paillettes, et d’une petite valise, le "Mighty Upsetter" débarque sereinement sur scène, accompagnés d’un trio musical des plus surprenants pour une scène reggae... Le guitariste se pose torse nu, le bassiste avec son maillot puma JA, plus le batteur : tout cela forme un bel ensemble punk, ce que LPS va clamer haut et fort : « I’m a punk » (sur un « Punky Reggae Party » revisité, guitares très rock...), et de lier le geste à la parole en découvrant ses cheveux ras et colorés; ça surprend au début puis on se remet dans le "trip" de Perry qui assure lui aussi le show.
Bénissant la foule avec de l’eau «in the name of Love», puis l’invitant à arrêter de manger de la viande (« let stop eat meat »), l’Upsetter crée une ambiance mystique par les petites phrases qu’il balance de temps en temps : « one invisible God », « Neptune regarding the moon », « my planet is Jupiter, you’re in my planet » plus les effets de lumière (le stroboscope ça doit faire mal !). Tout au long du show, il annonce clairement sa volonté de « mash up babylon, ina righteousness » et montre ses multiples facettes en changeant régulièrement de couvre-chef : ayant rapidement abandonné le chapeau pointu pour une casquette blindée de pin’s, Perry mit également une bonne grosse perruque afro !

La fin du show est l’occasion d’évoquer une revendication bien légitime quand on voit l’activité de toute la salle : « Legalize ganja ! » et l’Upsetter, sur des riffs de guitare à l’indienne, lance « Are Krishna is faya, RastafarI is ganja ». Mystique, Lee Perry... je vous l’avais dit.

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