picardie mouv 2

LKJ + Alpha Blondy @ L'Elispace (60)

Vendredi 03-11-2006
L'Elispace - Beauvais (60)

A peine remis de nos émotions de la veille, nous sommes de retour à Beauvais mais cette fois ci à l’Elispace, palais des sports et des spectacles, pour cette seconde journée dans le cadre du festival Picardie Mouv' consacrée au Reggae. La salle est plus grande que la veille et entourée de tribunes qui n’auront aucune peine à se remplir totalement. Cette fois encore tout commence à l’heure prévue.

Ghislain Poirier
Ghislain Poirier se met en place accompagné d’un batteur dénommé Chris. La musique produit par ce duo canadien est assez déconcertante pour celui qui s’attend à une soirée Reggae. Un musique que l’on pourrait qualifier de Hip-hop expérimental explorant jusqu’à ces confins la musique électronique et qui laisse le public sans trop de réaction au début, un peu déconcerté peut être, avant de se laisser envahir et entraîner petit à petit.

Dub Incorporation
Vraisemblablement, le jeune public n’attendait qu’eux et il le montre bruyamment, des banderoles font même leur apparition dans les premiers rangs. Le duo de chanteurs sait parfaitement se mettre en scène et ne fait qu’un avec le public. Après une intro en freestyle, le groupe enchaîne les titres que la foule reprend en chœur pour la plupart : "Monnaie", "A Imma" et "Survie", une chanson écrite pour l’association du même nom qui milite en faveur d’une réforme de la politique de la France en Afrique et des relations Nord-Sud. Beaucoup de chansons comme ces dernières sont tirées de leur dernier album "Dans Le Décor". On continue avec "Chaînes", une chanson douce où le public illuminera la salle avec des briquets, puis un medley reprenant plusieurs chansons dont "Galérer". Avant "La Corde Raide", on demande l’avis politique de la jeunesse : « Est-ce que la jeunesse emmerde Nicolas Sarkozy? ». No comment sachant que la plupart de ceux qui répondent ne sont pas en âge de s’exprimer par les urnes. On poursuit avec "Rude Boy" puis "Bla Bla" qui donne lieu à une joute amicale dans la foule. En effet, chacun des chanteurs dirige une partie du public, qu’ils ont séparé en deux, et ils les opposent ainsi à qui fera le plus de bruit. Le « jury » attribuera la victoire finale à l’ensemble des participants. Un très bon show dynamique, le seul bémol peut être c’est qu’il ne s’agit que d’une copie de leur album live qui vient de sortir, mais cela n’enlève rien à la qualité de leur prestation.

Linton Kwesi Johnson
Un cri de Tarzan retentit dans l’Elispace. C’est parti, Dennis Bovell vient de donner le coup d’envoi de la prestation du groupe anglais. LKJ n’est pas encore sur scène, c’est donc son compère Dennis Bovell qui conduit le groupe qui porte son nom. On débute avec un dub puis il annonce: « Bonsoir, j’ai sorti un nouvel album, dis one is called Pow wow wow wow... ». C’est donc le titre "Pow Wow" issu de son dernier album "All Around The World" qu’ils nous exécutent. Après cette mise en bouche LKJ fait son entrée avec "Di Eagle An Di Bear" puis "Dread Beat An’ Blood". Ces titres ont plus de vingt ans mais sont toujours aussi forts. On continue avec "It Noh Funny" et "Want Fi Goh Rave" extraits de son premier album sorti sous son nom, "Forces Of Victory". Comme souvent dans sa discographie, beaucoup de morceaux sont dédiés à des gens victimes d’injustice ou combattant pour leurs droits. "Man Free" entre dans cette catégorie et LKJ nous rappelle justement avant le morceau son implication auprès de Darcus Howe, éditeur convaincu de racisme. Le titre suivant "Dread Inna Inglan" correspond encore une fois à ce militantisme avec cette fois ci George Lindo. Suivent le ska "Fite Dem Back", "Sonny's Lettah (Anti-Sus Poem)" ou encore "Reggae Fi Radny" pour Walter Rodney. Après un petit a capella c’est "Making History" puis "Liesense Fi Kill" et "More Time" issus de l’album éponyme.
Après avoir présenté le groupe, il s’adresse à ce public jeune : « You can change the world, please change the world! » (Vous pouvez changer le monde, s’il vous plait changez le!) Un message plein d’espoir. Mais voici la prestation de LKJ touche à sa fin, il termine avec "Reggae Fi Bernard" puis nous quitte. Un show qui ne varie que très peu au fil des années mais qui s’avère toujours aussi efficace de la part de ce gentleman de la Dub Poetry mais qui ne saurait se limiter à la musique seule.

Alpha Blondy
Il est maintenant un peu plus de minuit et demi. Comme on pouvait s’y attendre, après un échauffement du Solar System, Alpha entame une version du psaume 23 qui annonce son incontournable "Jerusalem". Le public l’acclame et reprend en chœur. Alpha reprendra aussi des titres comme "Hypocrites" et "Cocody Rock". Mais le show est assez bizarre. Alpha n’arrête pas de s’éclipser. Ce qui est le plus marquant, c’est que ce francophone communique très peu avec le public contrairement à LKJ par exemple juste avant, qui lui avait la barrière de la langue. Une autre comparaison qui ne favorise pas ce pionner du Reggae africain, c’est celle avec son compatriote Tiken Jah Fakoly qui sur scène est un véritable ressort qui parcours chaque centimètre de la scène alors qu’Alpha ce soir restera assez statique accroché à son micro. Le son poussé un peu plus fort ne changera rien à cette impression d’apathie même si le public est entièrement derrière Alpha et répond à la moindre sollicitation, dés qu’il y en a une.
Après un peu plus d’une demi heure de show, Alpha s’adresse au public et nous fait un discours sur la paix. « Nous voulons la paix… » puis il cite grand nombre de pays qui connaissent la guerre comme beaucoup d’états africains puis il cite les pays où les Etats-Unis sont passés récemment sans régler le problème. Cette introduction annoncera "Peace In Liberia".

Un peu plus tard le groupe commence "Sweet Fanta Diallo" quand Alpha semble s’énerver contre eux (alors que chacun a la playlist) : « Non, j’ai dit Sankara! ». Le groupe s’exécute et entame donc le morceau dédié au Capitaine Thomas Sankara, cet homme d’état burkinabé qui fut assassiné pour ses convictions. Puis encore une disparition du chanteur et c’est une des choristes qui reprend le flambeau pour présenter le groupe sur le Heathen riddim. Elle se démène pour réveiller le public que ma foi Alpha n’a pas fait tremblé ce soir comme il peut le faire dans les stades africains. Une grande partie du public a apprécié le show qui personellement m’a laissé un peu de glace. Je m’attendais à plus de réactivité de la part de ce grand monsieur du Reggae africain.
« Après Brigadier, Sweet Fanta Diallo, ok! ». Il semble s’adresser plus à son groupe qu’au public en prononçant ses mots et c’est donc parti pour "Brigadier Sabary". Il dit ensuite au revoir et le public commence à partir mais comme il l’avait annoncé, il termine son show - plus long que ces prédécesseurs - avec "Sweet Fanta Diallo". Alpha s’en va et une voix annonce « Ne partez pas, la soirée continue avec Ghislain Poirier! ». C’est dans un rôle plus classique de fin de soirée que nous le retrouvons puisqu’il officie ici en tant que DJ lançant I Wayne et son "Living In Love" pour terminer cette soirée et conclure ce festival qu’on ne peut qu’encourager et lui souhaiter une longue vie.

No votes yet.
Please wait...